14 pommes
© 2018 Taiwan Public Television Service Foundation / Seashore Image Productions
14 pommes
    • 14 pommes
    • (Shisi Ke Ping Guo)
    • Taïwan, Birmanie
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Midi Z
  • Scénario : Midi Z, Lin Sheng-wen, Wu Pei-chi
  • Image : Midi Z, Wang Fu-ang
  • Son : Chou Cheng, Li Tsung-tse
  • Montage : Midi Z, Lin Sheng-wen, Wu Pei-chi
  • Producteur(s) : Midi Z, Lin Sheng-wen, Isabella Ho, Wang Shin-hong
  • Production : Seashore Image Productions, Myanmar Montage Productions
  • Distributeur : Carlotta Films
  • Date de sortie : 16 mai 2018
  • Durée : 1h24

14 pommes

Shisi Ke Ping Guo

réalisé par Midi Z

Quand il lui a fallu démentir les préjugés béats de l’Occident sur le bouddhisme, c’est sur le cas extrême d’un certain moine birman que Barbet Schroeder s’est penché (Le Vénérable W.). Aussi pense-t-on un peu à lui quand on découvre un autre aperçu de la pratique locale de cette religion, offert par Midi Z, cinéaste birman naturalisé taïwanais : certes moins sinistre, mais aussi démystifiant. Suivant l’épreuve d’un homme (son ami et collaborateur régulier Wang Shin-hong) parti se faire moine pendant quatorze jours dans le centre du Myanmar sur les conseils d’un diseur de bonne aventure, Midi Z, à longueur de plans-séquences rivés aux trajectoires des personnes, mesure deux choses. D’abord, il apparaît que les trajets linéaires de la caméra à la suite du moine et de ses accompagnateurs d’une part, des gens du commun d’autre part, ne se croisent qu’à quelques occasions, et pas vraiment sur un pied d’égalité, les seconds se livrant essentiellement à des actes de dévotion envers le premier qui n’a guère pour préoccupation que son propre soin (le suivi d’un défilé de porteuses d’eau, dont on ne découvre la destination qu’à la fin de leur parcours, marque particulièrement sur ce point). En laissant ainsi l’image filer dans le temps et sur des chemins traversant les rassemblements de populations, le cinéaste formule la séparation, physique mais aussi sociale, entre les religieux et le peuple selon des principes bien matérialistes asseyant le pouvoir des uns sur les autres.

Cependant, ces gestes cinématographiques ne sont pas univoques. Ces lignes dessinent aussi un parallélisme où les préoccupations matérielles de ces deux « mondes » se trouvent renvoyées dos à dos. Seul le statut social sépare la précarité des villageois birmans, dont certains doivent traverser illégalement la frontière pour travailler en Chine, et le désarroi des moines qu’on entend se plaindre de ne pas toucher assez de dons pour s’acheter une nouvelle robe, et entre lesquels on assiste même à une dispute sur l’estimation des gains de l’un d’entre eux (par ailleurs joueur de loto). Wang Shin-hong, qu’on voit dans la première séquence tâtonner un peu pour s’acheter le nécessaire à sa méditation (quatorze pommes… et un couteau), n’est sans doute pas inconscient de ce rapport de caste, lui qui, dans les dernières séquences, tâchera de tendre la main vers la population (notamment dans un entretien avec des villageoises sur les conditions de l’émigration), de remplir le rôle censé être celui d’une autorité morale, sans pour autant pouvoir tout à faire une certaine solitude où l’ultime plan-séquence achève de le suivre.