3 Billboards – Les Panneaux de la vengeance
© 2017 Twentieth Century Fox
3 Billboards – Les Panneaux de la vengeance
    • 3 Billboards – Les Panneaux de la vengeance
    • (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri)
    • Royaume-Uni, États-Unis
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Martin McDonagh
  • Scénario : Martin McDonagh
  • Image : Ben Davis
  • Décors : Inbal Weinberg
  • Costumes : Melissa Toth
  • Montage : Jon Gregory
  • Musique : Carter Burwell
  • Producteur(s) : Graham Broadbent, Peter Czernin, Martin McDonagh
  • Production : Blueprint Pictures
  • Interprétation : Frances McDormand (Mildred Hayes), Woody Harrelson (Bill Willoughby), Sam Rockwell (Jason Dixon), Peter Dinklage (James), John Hawkes (Charlie), Lucas Hedges (Robbie), Caleb Landry Jones (Red Welby), Samara Weaving (Penelope), Amanda Warren (Denise), Kerry Condon (Pamela), Željko Ivanek (Cedric), Abbie Cornish (Anne Willoughby)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 17 janvier 2018
  • Durée : 1h56

3 Billboards – Les Panneaux de la vengeance

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

réalisé par Martin McDonagh

Bien servi à la dernière distribution de Golden Globes (quatre dont celui du meilleur film dramatique), 3 Billboards… reconduit, avec plus d’assurance et moins de scories, l’artisanat un brin roublard déjà mis en œuvre par le même auteur Martin McDonagh dans Bons baisers de Bruges : par injections de touches de comédie dans des conventions de genre sombre, inviter à suivre une galerie de personnages décalés prometteurs de surgissements d’humanité inattendus, laissant le spectateur entre sympathie et vague malaise. Le décor est ici une petite ville du Missouri, où une femme revient sept mois après que sa fille y a été violée et assassinée par un inconnu jamais identifié. Avisant trois panneaux publicitaires à l’entrée de la ville, elle les loue pour y fustiger en grand format l’absence de résultats des autorités locales en citant nommément le shérif qui les dirige. Elle engage ainsi un bras de fer où personne ne compte fléchir, ni les policiers piqués au vif, ni les bons citoyens tenant à leur tranquillité, ni elle toute à sa quête de justice vengeresse au point d’indisposer même son fils et son ex-mari. Mais jusqu’où l’obstination de l’héroïne peut-elle la mener aveuglément ? L’immobilisme de la police est-il le fait du shérif, plutôt brave type mais usé, ou de son service en général, en particulier de cet officier aux allures de redneck dont les principaux centres d’intérêt sont la bière, les comics et l’usage de sa matraque ? Et même celui-ci est-il bien, au fond, cet incurable abruti auquel il ressemble ? Dans un cadre qui n’aurait pas déplu aux frères Coen (dont il invoque le compositeur attitré, Carter Burwell, une actrice familière, Frances McDormand, et quelques grammes de stupidité humaine), McDonagh nous balade au milieu de personnages qu’il présente ostensiblement de façon à ce qu’on croie en cerner les caractères ou les archétypes, jusqu’à ce que pour chacun d’eux des comportements, réactions ou revirements inattendus laisse entendre qu’ils sont capables d’autre chose.

Sous contrôle

L’entreprise de jeu avec les codes et les attentes sur les personnages n’est pas déplaisante. Cependant, quand on compare l’approche de McDonagh à celle de cinéastes au regard plus limpide sur l’humain, on constate bien ce qui manque au premier pour convaincre sans réserves. Chez McDonagh, ces moments où l’humain se trahit sous les postures ne vont pas toujours de soi, c’est même souvent un effet qu’il lui faut provoquer, par un léger supplément d’interventionnisme dans l’écriture (notamment celle des dialogues) et dans la direction des acteurs (ceux-ci étant par ailleurs tous irréprochables, mais souvent poussés à la limite du cabotinage). L’auteur n’évite pas toujours de se montrer comme maître de ses personnages et des effets par lesquels il compte nous surprendre avec eux, aux commandes de la balance entre sympathie et malaise à manipuler entre eux et notre regard – comme dans ce plan-séquence plein de suspense où l’on suit l’officier bourrin, ivre de douleur et de colère, traverser la rue et monter à l’étage d’un bureau pour tabasser et défenestrer un concitoyen, le tout enrobé d’une musique innocente (ce type de contrepoint que les admirateurs de Scorsese connaissent bien). C’est pourquoi, si l’on prend plaisir à suivre ces personnages et à découvrir leurs failles, leurs limites et leurs hésitations, c’est toujours un plaisir sous contrôle, pas forcément le plus franc qui soit, où l’on perçoit un petit peu trop la présence du marionnettiste. Néanmoins McDonagh s’en sort, parce que de toute évidence il ne considère pas ses personnages que comme des générateurs d’effets. On note d’ailleurs que son goût pour les personnages, sa capacité à donner même aux plus secondaires d’entre eux une certaine importance à un moment donné, l’amènent à faire de son récit un condensé de série, où chaque « chapitre » de l’histoire donne l’impression de pouvoir en contenir d’autres (la relation de l’officiel à sa mère, la fausse drague entre l’héroïne et un nain qui l’a couverte dans une enquête) – au point que la fin ouverte du film aurait bien pu être un cliffhanger de saison.

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