© Gaumont
Adieu les cons

Adieu les cons

de Albert Dupontel

  • Adieu les cons

  • France2020
  • Réalisation : Albert Dupontel
  • Scénario : Albert Dupontel
  • Image : Alexis Kavyrchine
  • Décors : Carlos Ponti
  • Costumes : Mimi Lempicka
  • Montage : Christophe Pinel
  • Producteur(s) : Catherine Bozorgan
  • Production : Stadenn Productions, Gaumont, Manchester Films, France 2 Cinéma
  • Interprétation : Virgine Efira (Suze), Albert Dupontel (JB), Nicolas Marié (M. Blin)...
  • Virgine Efira (Suze Trappet), Albert Dupontel (JB), Nicolas Marié (M. Blin), Jackie Berroyer (Dr. Lint)...
  • Distributeur : Gaumont Distribution
  • Date de sortie : 21 octobre 2020
  • Durée : 1h27

Adieu les cons

de Albert Dupontel

Afféteries et tartuferie


Afféteries et tartuferie

Quels sont au juste les « cons » auxquels Dupontel dit adieu ? La police, bien sûr, qui en prend pour son grade dès la première scène, mais aussi plus largement l’administration et le monde numérisé, peuplé de zombies, qui dans les transports en commun restent béatement rivés sur des smartphones. C’est peu ou prou la seule idée d’écriture du cinéaste – qui s’en remet, pour le reste, à un défilé de vignettes à l’esthétique surchargée (accélérations, caméra tournoyante, plans surplombants) : immanquablement, les personnages font face à des grandes surfaces transparentes où apparaissent images, plans d’immeubles, radiographies et autres données foisonnantes. Dupontel se rêve peut-être en sale gosse du cinéma hexagonal (disons, pour faire vite, son Terry Gilliam, qui fait d’ailleurs comme dans 9 mois ferme une petite apparition), mais il cède pourtant à cette obsession qui accapare désormais la comédie française contemporaine (dans toutes ses couches, des films de Gondry à Effacer l’historique, en passant par Selfie et bientôt Les 2 Alfred) : les sociétés interconnectées sont des prisons froides où l’on perd de vue les sentiments humains les plus élémentaires. Et le cinéaste d’opposer à cette grisaille une poésie frelatée et mièvre, où des figures truculentes et hautes en couleur (exemplairement, l’aveugle campé par Nicolas Marié, qui avec son nœud-papillon bigarré a tout du personnage de bande-dessinée) résistent vaillamment aux hordes de « cons ».

Ce programme, déjà pas très excitant, se heurte de surcroît à la tartuferie du scénario, qui fait de Dupontel un fugitif, mais aussi un ersatz de marionnettiste. Sa virtuosité d’informaticien, qui lui permet de contrôler tout système de sécurité, l’aidera en effet à surmonter les obstacles et à retrouver le fils biologique de Suze (Virgine Efira), sa compagne d’infortune. Dupontel, dont le personnage essaie donc de vaincre le mal par le mal, aurait bien fait de garder en tête l’avertissement de Nietzsche : « à lutter avec les mêmes armes que ton ennemi, tu deviendras comme lui ». Adieu les cons est de fait un film peuplé de pantins désarticulés (la scène de la tour et des ascenseurs devenus fous), d’esquisses à moitié vides, de robots que le cinéaste télécommande à distance (la séquence romantique des deux jeunes tourtereaux). Toute l’ambiguïté de cette posture culmine dans un dénouement dont la radicalité en apparence nihiliste et vaguement punk (un adieu définitif à ce monde de merde) est pourtant nuancée par ce que le récit a par ailleurs organisé sur la filiation et le passage de relais aux générations futures. Le cinéma boursouflé de Dupontel, qui souhaite gagner sur tous les tableaux, est décidément bien antipathique.

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