© Universal Pictures
Argylle

Argylle

de Matthew Vaughn

  • Argylle

  • États-Unis2024
  • Réalisation : Matthew Vaughn
  • Scénario : Jason Fuchs
  • Image : George Richmond
  • Producteur(s) : Matthew Vaughn, Adam Bohling, David Reid, Jason Fuchs
  • Production : Apple Original Films, Marv Studios, Cloudy Productions
  • Interprétation : Henry Cavill (Argylle), Bryce Dallas Howard (Elly Conway), Sam Rockwell (Aidan), Dua Lipa (LaGrange)...
  • Distributeur : Universal Pictures, Apple TV+
  • Date de sortie : 31 janvier 2024
  • Durée : 2h19

Argylle

de Matthew Vaughn

Les déboires dans la peau


Les déboires dans la peau

On pourrait partir des lèvres. La première des nombreuses mises en abyme d’Argylle repose sur le raccord, au milieu d’une réplique, entre les lèvres d’un agent secret et celles d’Ellie Conway (Bryce Dallas Howard), romancière à succès qui conte les exploits du personnage lors d’une lecture publique, avant d’être à son tour prise dans une intrigue tentaculaire de film d’espionnage. Argylle se réécrit ainsi à tout va, masquant sa vacuité par d’incessantes relances narratives, pour finalement ne produire qu’un amalgame confus de récits imbriqués où la distinction entre réel et imaginaire n’a plus lieu d’être.

C’est lors d’un trajet en train que le quotidien tiède et sans histoire de l’écrivaine se voit chamboulé par l’irruption d’un véritable espion (Sam Rockwell), qui lui indique qu’elle court un grand danger, avant que ne surgisse une armée d’hommes de main lancée à ses trousses. La porosité entre l’action et les récits de l’autrice passe alors par le montage : à la silhouette hirsute et débraillée de son sauveur se substitue régulièrement la carrure rassurante d’Argylle, le héros de ses romans (Henry Cavill, tout en flegme et arrogance). Un clignement d’œil comme l’ouverture d’une porte sont autant d’occasions pour le film d’échanger les espions et d’opposer grassement les détails prosaïques de la lutte acharnée de l’un (cris de douleur, ahanements essoufflés, etc.) à la sophistication et la maîtrise de l’autre (qui multiplie poses et sourires ravageurs). Ce trait humoristique, vite assommant, caractérise le ton du film, entre second degré pince-sans-rire (insistons sur le « sans rire ») et pastiche dénué d’imagination du roman d’espionnage. Argylle se ménage de la sorte un écart assez roublard : s’il frise le ridicule à de nombreuses occasions, il insiste sur le fait qu’il en est bien conscient, en multipliant les coups de coude appuyés.

Pieds d’argile

On l’a dit, le moteur narratif d’Argylle est la révélation : mises en abyme et retournements de situation en tout genre sont autant de pelletées de charbon jetées régulièrement dans son fourneau – lorsqu’un masque tombe, ce n’est que pour mieux révéler qu’il en dissimulait un autre. S’effeuillant et s’étoffant de la sorte dans un même mouvement, Argylle ne met à nu aucune vérité, aucun visage : il n’en a pas à montrer. Ainsi de cette héroïne tour à tour romancière et espionne, peureuse et courageuse, tueuse froide et âme bienveillante, à l’identité indexée sur les rebondissements ; au fond, la manière dont le récit s’auto-digère constitue le principal spectacle, au risque de noyer le spectateur sous un torrent de faux-semblants, de sourires narquois et de regards goguenards. De même, le film tend à aborder ses scènes d’action de biais. Tentatives d’humour, numéros de danse, multiplication des régimes d’image et montage chaotique servent de cache-misère à une mise en scène peu inspirée. Autophage et autosatisfait, Argylle est une espèce de spirale mortifère sans aboutissement, une poupée russe boulimique qui n’a de cesse de synthétiser des images vides pour mieux ensuite les régurgiter.

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