Autant une suite qu’un reboot de l’étrange et parfois très beau slasher de Bernard Rose, ce Candyman 2021 s’inscrit dans un sous-genre que la critique anglo-saxonne appelle au choix « elevated horror » – soit un versant du genre horrifique moins porté sur l’effroi que sur l’allégorie et la terreur psychologique (Get Out, Us, Midsommar) – ou, plus péjorativement, « gentrified horror ». La gentrification est justement au cœur du récit : les « projects » de Cabrini Green, théâtre des événements du premier film, ont été rasés pour laisser place à de luxueux studios. Anthony MacCoy, artiste en quête de reconnaissance, et sa petite amie, directrice d’une galerie d’art, vivent dans l’un d’entre eux. On taira l’autre lien que le scénario tisse avec le film d’origine, au détour d’un twist ridicule, pour évoquer davantage tout ce qu’il a préféré mettre de côté : l’étonnante poésie urbaine d’une enquête anthropologique comme terreau d’un slasher, la musique de Philip Glass, parmi l’une des plus atypiques bandes-son de film d’horreur, ou encore la folie sentimentale du boogeyman. En lieu et place, Nia DaCosta livre un film lisse et aseptisé au possible, « gentrifié », justement, dont les quelques rares scènes d’horreur, sous leur vernis arty, font étalage de leur médiocrité et de leur coquetterie – comme le déjà très raté Velvet Buzzsaw de Dan Gilroy, qui prenait lui aussi pour cadre le milieu de l’art contemporain, le gore ne se départit pas d’une certaine propreté clinique somme toute cosmétique.
Non, ce qui intéresse vraiment la cinéaste tient au retournement final, assez lamentable, qui voit la figure de Candyman devenir un porte-étendard de Black Lives Matter dans une séquence franchement gênante où le vrai grand méchant se révèle : les policiers blancs. Que Nia DaCosta et Jordan Peele, qui pilote le projet, souhaitent repolitiser l’horreur est une chose, mais la démarche mérite un peu plus d’attention que cette récupération maladroite d’un sujet brûlant, dans un film par ailleurs bourgeois à souhait, et à vrai dire vaguement conscient de l’être. Reste que la critique d’art qui mettra MacCoy face à ses contradictions sera bien entendu punie pour avoir tapé dans le mille – et le film de travestir les violences systémiques d’une police raciste dans une boucherie absurde, où l’on combat le mal par le mal, et où Candyman, pourtant pas le dernier quand il s’agit de trucider des enfants afro-américains qui n’avaient rien demandé, se découvre subitement une âme de justicier vengeur des violences raciales. En un mot comme en mille : navrant.