Nouvelle excroissance sur le corps cacochyme de la comédie américaine, Comment tuer son boss 2 ne rassure pas à l’heure d’établir le diagnostique de l’année 2014. Tout comme le premier volet, mais de manière bien plus dérisoire, l’esprit général du film – malgré son pitch à fort potentiel politique – se veut insouciant, franchement déboutonné. Alors, il expose sans pudeur des gags bas du front, braille sans retenue des insanités « politiquement incorrectes », quand en réalité il ne parvient pas à s’affranchir du corset d’un zeitgeist comique à l’agonie, toussotant sans grandes convictions ses dernières blagues.
Humour sous perfusion
Pire : tout cela empeste la paresse. Reconduisant à l’identique les termes du premier film, la suite se laisse glisser le long de la même pente : trois bras-cassés cherchent à se venger d’un supérieur hiérarchique (Christoph Waltz, ouvertement consterné dans le générique d’avoir accepté un tel film), mais, voyez-vous, comme ce ne sont pas des professionnels du crime mais un trio de potes chamailleurs leur opération ne cessera de trébucher. Il s’agit donc de leur faire régulièrement se prendre les pieds dans le tapis afin de mieux exposer ce tapis même, de montrer régulièrement du doigt le genre de films ici parodié (les polars with a twist). Progressant sur le terrain de la grosse farce méta comme un hamster dans sa roue, Comment tuer son boss 2 prétend se libérer des conventions à travers une débauche d’énergie confinant à l’hystérie quand, au fond, il ne fait que tendre mollement le bras pour réclamer sa perfusion d’humour bigardien et de séquences affreusement clippées.
Pendant une décennie, la comédie US aura tenue son équilibre sur la corde du régressif, offrant son contingent de funambules oscillant entre deux âges, peinant à grandir (chez Apatow, ce fut notamment au début la difficulté de coucher ou d’accoucher dans 40 ans, toujours puceau et En cloque, mode d’emploi). Avec ses trois « adulescents » cabotins, l’aspect régressif de Comment tuer son boss 2 n’est plus uniquement le point de départ, mais un horizon assez peu réjouissant : plus le film déballe son lot de vannes potaches, plus il s’enlise dans un humour auto-satisfait et narcissique (on s’épargnera notamment l’inventaire des clins d’œil à l’intention des spectateurs ayant vu le premier volet). Inoffensive malgré ses intentions clairement subversives, la pitrerie de Sean Anders amène à penser que la plus grosse réussite de la comédie américaine cette année fut, paradoxalement, la sortie avortée de L’Interview qui tue qui, sans avoir pu atteindre les salles, a au moins eu le mérite de secouer de fond en comble un Hollywood sérieusement engourdi.