Trois ans après l’intéressant Ne te retourne pas, Marina de Van revient au grand écran pour un film qu’on peut ranger, de prime abord, de plein droit dans le canon fantastique. Avec son argument à la Carrie, Dark Touch suscite d’autant plus la curiosité que le roman de Stephen King a récemment été réadapté par deux fois : avec le remake réalisé par Kimberly Peirce, et par le Chronicle de Josh Trank. Celui-ci avait comme principal intérêt d’inscrire son récit dans le quotidien crédible d’adolescents, apportant une ancre réaliste à une mythologie dépeinte, jusque là, avec une certaine hystérie permanente.
Inquiétante étrangeté
On pourrait dire que Marina de Van n’en a, quant à elle, guère cure du réel. Dark Touch prend dès ses premiers instants des aspects de conte à l’ancienne, avec un prologue violent baigné d’ombres et d’angoisses incompréhensibles : une maison est prise d’assaut par une force invisible, qui massacre ses habitants. Seule une jeune fille en réchappe, et le film repose dès lors sur la tentative des adultes de pénétrer le monde d’une gamine choquée, et très renfermée. Persuadés que la norme qu’ils représentent servira de baume sur les blessures traumatiques subies par la jeune fille, les adultes tentent de trouver la voie dans un univers intérieur dont les règles ne répondent aucunement à celle de la société normale, diurne. Le monde magique angoissé de la jeune fille leur est inaccessible, incompréhensible. Le film ne se penchera jamais sur la résolution du mystère que ce monde représente – à l’auditoire, sera accordé le privilège de la crédulité lucide qui fait défaut aux personnages adultes. Le personnage interprété par Missy Keating se place donc à la marge du canon fantastique : ni monstre-agresseur, ni monstre-victime, la gamine est définitivement à la marge.
Territoires inexplorés de l’horreur
C’est ce qui semble intéresser le plus Marina de Van : l’opportunité offerte par le genre fantastique d’admettre comme une évidence les pouvoirs de télékinésie de sa protagoniste. Une fois cela posé, il appartient à la réalisatrice de s’interroger : que dissimule ce pouvoir ? Jamais on n’en saura l’origine – ce qui constitue pourtant une problématique fort acceptable pour un film au fantastique plus traditionnel. Marina de Van préfère montrer l’impénétrable mur qui sépare sa jeune fille du reste du monde, patiemment construire la tension qui mène à un climax terrible, qui place son film bien à part de son genre d’élection. Marina de Van refuse les effets de manche, privilégie les tons froids, la progression insidieuse, soutenue en cela par l’interprétation impénétrable et blessée de Missy Keating. Toujours un peu à distance de son sujet, la réalisatrice donne à son film une puissance dérangeante, jusqu’à une conclusion qui nous plonge dans l’horreur la plus littérale du monde. Une horreur mélancolique, froide, défaitiste, et beaucoup plus personnelle que ce à quoi les films du genre nous ont habitués.