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Gavagai, et autres malentendus

Gavagai, et autres malentendus

de Ulrich Köhler

  • Gavagai, et autres malentendus

  • Allemagne, France2025
  • Réalisation : Ulrich Köhler
  • Scénario : Ulrich Köhler
  • Image : Patrick Orth
  • Décors : Reinhild Blaschke
  • Costumes : Birgitt Kilian
  • Producteur(s) : Ingmar Trost, Clément Duboin, Maren Ade
  • Production : Sutor Kolonko, Good Fortune Films
  • Interprétation : Maren Eggert (Maja), Jean-Christophe Folly (Nourou), Nathalie Richard (Caroline), Anna Diakhere Thiandoum (Aita)...
  • Distributeur : New Story
  • Date de sortie : 22 juillet 2026
  • Durée : 1h31

Gavagai, et autres malentendus

de Ulrich Köhler

L'amour en coulisses


L'amour en coulisses

On avait quitté le cinéaste allemand Ulrich Köhler avec In My Room, curieux conte post-apocalyptique où un personnage en crise se transformait en Robinson. Il revient ici avec une mise en abyme, en filmant la naissance d’un amour véritable entre les deux acteurs principaux d’un film – une adaptation abrasive du mythe de Médée par une cinéaste française, tournée à Dakar (Médée y incarne une blanche rejetée des autochtones). Le long prologue de Gavagai, et autres malentendus – une fin de tournage chaotique sur le littoral de la capitale sénégalaise, qui frise volontairement la caricature par son climat pesant et ses tensions abondantes – sert ainsi de point de départ à l’histoire entre Maja (Maren Eggert), actrice blanche allemande, et Nourou (Jean-Christophe Folly), acteur noir sénégalais résidant en France. Séparés par la fin du tournage, les deux comédiens se retrouvent ensuite à l’occasion de la première du film lors de la Berlinale. En dépit d’un incident devant l’hôtel des festivaliers – lorsque Nourou nargue un vigile qui lui enjoint ensuite de présenter son accréditation et ses papiers – les deux personnages sont de nouveau attirés l’un par l’autre. Mais les scènes les montrant côte à côte dans la grande salle de Potsdamer Platz, révèlent l’écart entre la trajectoire de leur relation et celle du couple mythique qu’ils incarnent à l’écran. Ponctuant le récit, les images de l’adaptation apparaissent en effet fidèles à l’esprit particulièrement sombre du mythe. Focalisées sur la trahison de Jason et ses retombées sanguinaires (c’est-à-dire entraînant les époux jusque dans la folie et la mort), elles diffèrent de l’histoire de Maja et Nourou, qui semblent à l’inverse tendre petit à petit vers une forme de douceur et d’humanisme – entre eux mais également envers les autres. Ainsi de l’escapade de l’acteur durant la projection afin de retrouver et discuter pacifiquement avec le vigile qui, suspecté de racisme, a été démis de ses fonctions.

La construction dramatique en deux intrigues parallèles – le film dans le film et celui l’encadrant –, génère de la sorte des jeux de miroirs, notamment avec deux personnages joués par une même interprète, Médée et Maja, également mère. Le segment le plus émouvant du film est d’ailleurs celui qui se resserre sur le quotidien de l’actrice à Berlin, rythmé par la garde alternée de sa fille. C’est le cas dans une scène qui pourrait s’apparenter à une confrontation classique entre parents divorcés : avant que l’enfant ne quitte avec son père l’appartement de sa mère, tous les trois chantent dans sa chambre une comptine au piano. On devine alors que ce rituel musical empli de tendresse a pour but de l’apaiser pour qu’elle souffre le moins possible de la séparation de ses parents.

Un autre aspect séduisant de Gavagai réside dans sa façon de filmer Dakar. Qu’il s’agisse des coulisses du tournage durant le prologue ou des scènes du film dans le film, la netteté numérique de la photographie est comme contaminée par le bouillonnement de la ville, à l’instar des corps, toujours en mouvement et luisants de sueur. Si l’approche de la cinéaste pour son adaptation est discutable (cf. la conférence de presse laborieuse où il lui est demandé si elle a fait « un film pour les Blancs ? »), le regard excentrique et moderne qu’elle pose pourtant sur la tragédie antique ménage un réel trouble à l’image. Tournée en décors naturels et principalement en extérieur, sa version du mythe fourmille d’anachronismes – les personnages costumés se déplacent en jet-ski et motocross dans le Dakar d’aujourd’hui, portent des sacs plastiques ou encore des TN aux pieds – qui fondent entre autres l’ensemble dans une même palette inédite, bigarrée et scintillante, presque étouffante. C’est à cet endroit que l’on comprend son choix du littoral obstrué et labyrinthique de la ville pour mettre en scène sa Médée.

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