How I Live Now peut se résumer au quasi proverbial discours de « la petite histoire dans la grande » : alors que tout fout le camp (normal, c’est la Troisième Guerre mondiale), l’ado Daisy découvre l’amour et la fraternité. Si la nouvelle réalisation de Kevin Macdonald n’hésite pas une seule seconde dans cette récitation académique, c’est parce qu’à aucun moment elle ne semble s’aventurer au-delà son petit programme sagement exécuté : d’abord une romance adolescente en terrain bucolique, suivie d’un survival apocalyptique dans la campagne galloise.
Des vertes prairies et du gore
Méthodiquement, Kevin Macdonald pose les jalons de ce grand écart entre le portrait intimiste d’une punkette new-yorkaise et son errance sur fond de conflit mondial. Soit, une jeune fille de quinze ans (Saoirse Ronan), cassante et renfermée (armée, bien évidement, d’une frange et d’une épaisse couche de maquillage pour « faire rempart »), envoyée par son père chez des cousins vivant dans les vertes prairies du Pays de Galles – le cadre idéal pour découvrir que les vaches ne sont pas des animaux si féroces que ça et s’éprendre de l’aîné de cette joyeuse fratrie. Mais, tandis Daisy s’acclimate enfin à cet éden et cesse de rouler des yeux devant chaque activité de ses cousins, la guerre va venir séparer ce groupe vivant à l’écart du monde des adultes.
La métaphore aurait pu être belle, mais il s’agit moins ici pour le réalisateur d’explorer la violence avec laquelle les enfants sont parfois arrachés à l’innocence de leurs premières années, que de justifier coûte que coûte la maturation de la jeune protagoniste. Et pour cela, le cinéaste britannique ne recule devant rien, cherchant à construire un monde vaguement orwellien où quelques poches gore (pile de cadavres d’enfants dévorés par des vers, persécution éprouvante d’une jeune femme scarifiée…) vont permettre à Daisy d’affronter la brutalité du monde afin de devenir une femme (retrouver coûte que coûte son amour) et une mère (prendre soin de sa petite cousine).
« Ma vie » hors de prix
Mais cette morale un peu neu-neu n’a rien de plus choquant que cela à la découverte du film, juste une petite poussière conformiste dans l’œil. La vraie raison de s’estomaquer réside dans le projet global du film. En effet, dès lors qu’un récit assume d’organiser une Troisième Guerre mondiale dans l’unique but d’offrir à sa protagoniste l’occasion de comprendre que le monde ne tourne pas uniquement autour de sa petite vie, on peut facilement comprendre que quelque chose cloche. Assis sur une contradiction aussi énorme, How I Live Now trébuche sur ce problème d’échelle en pensant qu’il n’est pas anormal de faire fondre le monde entier dans un désastre nucléaire pour y forger la rédemption d’une seule adolescente, enfin débarrassée de ses manies de chipie. Une multitudes de vies sacrifiées pour une vie sauvée : l’équation semble tout de même outrageusement déséquilibrée.