Whitney
© ARP Sélection
Whitney
    • Whitney
    • USA
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Kevin Macdonald
  • Image : Nelson Hume
  • Montage : Sam Rice-Edwards
  • Producteur(s) : Simon Chinn, Jonathan Chinn, Lisa Erspamer
  • Interprétation : Whitney Houston
  • Distributeur : ARP Sélection
  • Date de sortie : 5 septembre 2018
  • Durée : 2h

Whitney

réalisé par Kevin Macdonald

Un début de carrière en haut des charts, un rôle clé pour la visibilité des Afro-Américains dans la musique et au cinéma, une relation tumultueuse avec Bobby Brown, la drogue et enfin une sortie de scène tragique dans une chambre d’hôtel… Whitney Houston, à la manière d’une Amy Winehouse plus grand public, n’a pas fini de faire parler. L’an passé, un documentaire de la BBC visible sur Netflix proposait déjà un portrait un peu racoleur mais assez complet de la star avec quelques révélations à la clé (notamment sur sa bisexualité). Que restait-il donc à raconter ? Quel scoop encore méconnu permettrait d’éveiller l’intérêt du public ? Ceux qui ont découvert Whitney à Cannes se sont empressés de relayer LA révélation du film : le viol dont a été victime la chanteuse dans sa jeunesse et qui pourrait, en partie, expliquer ses addictions. Mais le documentaire de Kevin Macdonald vaut bien mieux que cette approche sensationnaliste. Il est même tout l’inverse, aussi respectueux (il préfère expliquer que juger) que sobre et dénué de tout fanatisme. Les drames sont tenus à la juste distance. À l’enfilade de tubes, il privilégie des extraits de chansons qui ont une vraie résonance avec la vie de la star ou bien des images rares en backstages.

A piece of me

Bien qu’initié par des proches de la chanteuse, Whitney n’a pourtant rien du film hagiographique. Le réalisateur a su contourner les pièges du portrait officiel pour nous inviter à lire entre les lignes. Car sous son apparence classique, Whitney est un modèle de montage. On pense à ces interludes clipesques qui replacent la chanteuse dans l’histoire de la pop-culture, de l’Amérique des années 1990 ou encore du mouvement afro-américain. Mais on retient surtout à la manière dont les entretiens (plus de soixante-quinze ont été réalisés) sont découpés et mis en regard les uns avec les autres. Les voix, parfois, se contredisent. À nous d’y trouver la vérité dans ces ambivalences. Une chose est sûre : on ressent très vite un malaise à écouter famille et collaborateurs développer un discours déculpabilisant. Car tous ont assisté à la chute de Whitney. Certains y ont participé, médias compris. D’autres ont préféré fermer les yeux pour garder leur place dans le sérail, voire profiter de la situation. Le passage le plus édifiant est sûrement celui où Bobby Brown refuse de parler de la drogue. « Je ne suis pas là pour ça. Je suis là pour parler de la vie de Whitney Houston », donne-t-il comme explication. Ce à quoi le réalisateur répond à juste titre « Mais la drogue fait partie de la vie de Whitney ».

Dès l’enfance, Whitney Houston a été obsédée par la construction d’une image qui correspondrait aux attentes des autres. Celles de sa mère, d’abord, femme extrêmement exigeante qui a projeté sur elle les frustrations d’une carrière à moitié réussie. Celles du public, ensuite, et notamment de la communauté afro-américaine qui a pu lui reprocher de faire de la musique « trop blanche » (hasard ou non, mais c’est à ce moment-là qu’elle rencontre Bobby Brown alors en plein succès). Celles, enfin, d’une société où il est encore difficile d’imposer d’autres modèles que celui de la famille hétérosexuelle. Et on sait le rôle qu’a pu avoir Robyn, amie et collaboratrice dans la vie affective de la chanteuse. Sans asséner de vérités toutes faites, Kevin Macdonald laisse entendre que les failles de Whitney seraient à chercher dans cette dualité, ces choix non assumés et cet abandon complet aux désirs des autres. Sur les dernières notes de « I Have Nothing » qui accompagnent le générique, on ressort le cœur rempli d’une profonde mélancolie face à ce destin tragique aux dommages collatéraux (sa fille en a été aussi victime) qui aurait très bien pu servir d’inspiration au film Une étoile est née.

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