L’Autre Dumas
L’Autre Dumas
    • L’Autre Dumas
    • France
    •  - 
    • 2010
  • Réalisation : Safy Nebbou
  • Scénario : Gilles Taurand, Safy Nebbou
  • d'après : la pièce Signé Dumas
  • de : Cyril Gely, Éric Rouquette
  • Image : Stéphane Fontaine
  • Montage : Bernard Sasia
  • Musique : Hugues Tabar-Nouval
  • Producteur(s) : Frank Le Wita, Marc de Bayser
  • Interprétation : Gérard Depardieu (Alexandre Dumas), Benoît Poelvoorde (Auguste Maquet), Mélanie Thierry (Charlotte Desrives), Dominique Blanc (Céleste Scriwaneck), Catherine Mouchet (Caroline Maquet), Michel Duchaussoy (le sous-préfet Crémieux), Roger Dumas (M. de Saint-Omer), Jean-Christophe Bouvet (M. Bocquin), Philippe Magnan (le ministre Guizot), Florence Pernel (Ida Ferrier Dumas)...
  • Distributeur : UGC
  • Date de sortie : 10 février 2010
  • Durée : 1h45
  • voir la bande annonce

L’Autre Dumas

réalisé par Safy Nebbou

Alexandre Dumas n’a donc pas écrit seul. Un certain Auguste Maquet fit office de « nègre » littéraire sur la plupart de ses romans entre 1838 et 1851 – collaboration qui se conclura par un procès sur les droits d’auteur et la signature des livres, sans qu’on sache jamais vraiment sa nature exacte ni quelles parties de ces écrits attribuer à l’un ou l’autre.

Sur cette base historique, le film de Safy Nebbou fait mine de s’intéresser au rapport et au jeu de miroir entre l’écrivain public et celui de l’ombre. Seulement, il n’avance qu’avec de grosses béquilles de scénario et des dialogues énonçant une à une les grandes idées sur cette collaboration évidemment pas innocente. Après un quart d’heure, Maquet (Benoît Poelvoorde, très bien) est accosté par une jeune révolutionnaire (Mélanie Thierry) qui le prend pour Dumas, et se trouve incapable de la détromper (forcément, la jeune est fougueuse et parle vite, caractéristique bien commode – et bien artificielle – pour que l’autre ne puisse pas l’interrompre). Le quiproquo ainsi grossièrement déclenché, l’écrivain de l’ombre se prend bien sûr au double jeu, incarne auprès de celle dont il s’éprend un Dumas révolutionnaire et proche du peuple, donc sans rapport avec la réalité présente (Dumas/Depardieu, sans surprise, vit dans son château en nanti jouisseur et bien en chair, cuisinant et troussant tout ce qui bouge), finira par se brûler les doigts et par remettre en question plus ouvertement son rapport avec son employeur si mal assorti.

Animaux exotiques

Inutile d’attendre quelque considération que ce soit sur la France de la monarchie de Juillet ou sur l’idéal révolutionnaire qu’on défend ou qu’on trahit, toute cette toile de fond – encore un peu trop envahissante dans le récit – se réduit à des vignettes creuses de film d’époque paresseux. Quant au sujet bruyamment annoncé et préparé par l’écriture, le rapport ambigu entre les deux écrivains, il suffit d’écouter quelques dialogues judicieusement choisis parmi les plus explicites (miroirs inversés mutuels, tout les sépare et pourtant l’un ne peut espérer écrire sans l’autre, ce genre d’idée prévisible…) pour avoir tous les tenants et aboutissants de l’affaire, les mêmes qui pointaient déjà à la lecture du synopsis.

La mise en scène, quoique parfois habile, ne creuse rien qui dépasse l’illustration impersonnelle de ces motifs-là, cantonne les personnages à leur rôle prédéfini en quelques lignes. Depardieu, plein de bons mots à la bouche, s’avachit parmi ses animaux exotiques métaphorisant sa vanité, Thierry ne porte que le rôle de jeune écervelée qui sied à une romance paresseusement ficelée, il n’y a guère que Dominique Blanc (dans le rôle de l’ambiguë compagne constamment trompée de Dumas) qui peut espérer tirer son personnage vers une zone vaguement moins cloisonnée. Pour Poelvoorde, le cas est plus délicat. Tout de nervosité rentrée, il incarne avec nuance un personnage dont le rôle et le sort, enchaînés à son duel à fleurets mouchetés avec Dumas, sont pourtant joués d’avance. Mais par moments, la caméra semble l’aimer un peu plus que les autres, faire une pause dans le programme d’affrontement pour se pencher sur sa seule solitude ; on se prend alors à penser que, si Safy Nebbou ne s’était intéressé qu’à lui seul en se débarrassant de toute fioriture sur laquelle il n’a au fond rien à dire, un film intéressant et non lesté par son héritage littéraire aurait pu se faire.

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