© 20th Century Studios
Le Diable s’habille en Prada 2

Le Diable s’habille en Prada 2

de David Frankel

  • Le Diable s’habille en Prada 2
  • (The Devil wears Prada 2)

  • Etats-Unis2025
  • Réalisation : David Frankel
  • Scénario : Aline Brosh McKenna
  • d'après : Vengeance en Prada : Le retour du diable
  • de : Lauren Weisberger
  • Image : Florian Ballhaus
  • Décors : Jess Gonchor
  • Costumes : Molly Rogers
  • Producteur(s) : Wendy Finerman
  • Interprétation : Meryl Streep (Miranda Priestly), Anne Hathaway (Andy Sachs), Emily Blunt (Emily Charlton), Stanley Tucci (Nigel Kipling), Justin Theroux (Benji Barnes, le compagnon d'Emily)...
  • Distributeur : 20th Century Studios
  • Date de sortie : 29 avril 2026
  • Durée : 1h59

Le Diable s’habille en Prada 2

de David Frankel

Le diable et les détails


Le diable et les détails

Rien ne permettait de prévoir que Le Diable s’habille en Prada connaîtrait un jour une suite. La carrière de Meryl Streep n’avait pas spécialement besoin de faire revivre Miranda Priestly, sa maturité s’étant incarnée dans d’autres grands rôles de femme de pouvoir (The Iron Lady et Pentagone Papers entre autres). Quant à la presse mode, dont le film de 2006 documentait avec humour la tyrannie du goût, elle a connu depuis un déclin tel que « le Diable » d’aujourd’hui ne peut plus se rhabiller avec les atours du passé. De fait, il ne sera presque jamais question de travail éditorial dans cette suite tardive : le récit d’apprentissage qui racontait avec une certaine finesse la métamorphose d’une jeune stagiaire fraîchement engagée dans un important magazine (Runway, équivalent fictif du Vogue US) a muté de tous les côtés.

Premier fait notable : la comédie a presque totalement disparu. Lorsque Andy Sachs (Anne Hathaway) retrouve Miranda Priestly (Meryl Streep), vingt ans après son stage dans les bureaux de Runway, on sent que le fond de l’air n’est plus le même, en dépit du fait que les deux actrices principales semblent rester miraculeusement identiques. La comédie de caractère de 2006 cède la place à un récit plus angoissé sur la prédation capitaliste : le magazine dirigé d’une main de fer par Miranda est en effet menacé de rachat, ce qui suffit à définir l’ambiance globale du film. Fini la légèreté (on n’a plus le temps de discuter, comme dans le premier volet, de la pertinence d’un édito sur la fête des Mères) : le temps n’est plus à la futilité mais, tout simplement, à la survie.

Autre fait notable : l’humanisation de Miranda Priestly. Le film semble avoir intégré à cet endroit les codes d’une époque qui supporte de moins en moins la méchanceté et questionne (d’ailleurs à juste titre) les mécanismes d’humiliation professionnelle. Une grande partie du charme du premier volet reposait, il faut l’avouer, sur ces mécanismes et le film avait presque l’audace de dresser le portrait d’une esclave heureuse – Andy Sachs– entièrement bodysnatchée par le monde du luxe comme par la voix de sa cheffe (l’une n’allant pas sans l’autre). Avec le temps, Miranda s’est bonifiée. Aux réparties cinglantes du premier volet succèdent des tirades quasiment mélancoliques sur le travail, les enfants, le temps qui passe et la mort. Il faut la voir méditer devant La Cène pour saisir la fausse profondeur morale que les scénaristes ont voulu lui donner. Il faut aussi observer le personnage très sous-exploité de sa nouvelle assistante, chargée de contrôler sa communication, pour saisir que le film a la hantise du dérapage, sans parvenir toutefois à en rire. Nettoyé donc de toute forme d’excès, Le Diable 2 ressemble à la mode d’aujourd’hui : il est bien-pensant, faussement engagé, vaguement féministe. Après avoir conclu une alliance pour contrer les plans des acheteurs du magazine, Andy et Miranda courent de New York à Milan. La forme très impersonnelle que prend cette aventure, qui voit se succéder des séquences toujours introduites par de la musique et des vues génériques des villes, n’est pas sans rappeler celle de n’importe quel blockbuster d’action. Loin de Runway, les deux femmes s’activent d’abord à déjouer un complot ; elles poursuivent un rêve commun (c’est le côté presque donquichottesque de leur mission) : préserver le génie des créateurs, et surtout l’indépendance de la presse.

Dans un finale très naïf, la presse va donc renaître de ses cendres et revivre son âge d’or. C’est d’ailleurs dans les bureaux cossus du magazine que le film se termine, Andy portant le même pull bleu qu’en 2006, comme pour nous signifier que tout reviendra comme avant. Tout, ou presque, car si Andy défend d’un côté l’éthique du journaliste et « l’investigation » (bien qu’on ne la voie jamais concrètement investiguer dans le film), sa maturité s’accompagne d’une lucidité nouvelle sur ses choix sentimentaux. En comparaison de l’étudiant du premier volet (Nate, personnage qui jugeait avec dédain son évolution professionnelle), son voisin de palier fait certes un peu vieux beau, mais son statut de propriétaire relève d’un autre cachet et renforce encore la réussite professionnelle de la jeune femme, d’ailleurs promue au sein de Runway. La candide parabole opposant l’idéalisme de la presse aux assauts des rapaces capitalistes prend donc un petit coup dans l’aile. Mais c’est bien connu : le diable se cache dans les détails.

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