« Father… Speak to me. » Une sensation de déjà-vu s’affirme immédiatement devant Les Derniers jours dans le désert, où Jésus (Ewan McGregor) commence par s’adresser en voix-off à un Père à la fois absent et omnipotent. Monologues intérieurs en forme de prières, brèves rondes musicales avec des halos de lumière, caméra qui lévite en steadicam selon le sens du vent ou l’écoulement d’un ruisseau, Emmanuel Lubezki à la photographie et Tye Sheridan au casting… Revisitant l’épisode biblique des quarante jours de jeûne du Messie et de sa tentation par le Diable, le film de Rodrigo García s’inscrit explicitement dans le sillon ouvert par le cinéma de Terrence Malick, qui se prépare justement à livrer bientôt sa propre interprétation de l’Évangile avec The Way of the Wind.
Quelques semaines après la sortie en France de Sous l’aile des anges, signé par A.J. Edwards, un autre élève du cinéaste texan, Les Derniers jours dans le désert conjugue lui aussi la grande forme malickienne et la peinture d’une petite famille désœuvrée : en plein cœur du désert, Jésus sympathise avec un adolescent qui s’occupe de sa mère malade mais qui ne parvient pas à communiquer avec son père, dont il refuse de perpétuer le mode de vie. Un miroir est alors tendu au Messie, en quête d’une reconnaissance paternelle mais en lutte avec un double maléfique qui tente de l’en détourner. Cet horizon quasi psychanalytique, en plus d’être lisible jusque dans le moindre dialogue (« A boy needs his father’s permission to become a man. It’s perverse, isn’t it ? »), se marie hélas assez mal avec les mouvements empruntés à l’auteur de The Tree of Life. Alternant apartés musicaux et scènes dialoguées au ras du sol, le long d’un va-et-vient routinier où les deux pans de la mise en scène ne semblent jamais pouvoir s’unir, le film reste tiraillé entre ciel et terre – la faute sans doute, comme pour Edwards, au legs d’un Père si inspirant qu’il en devient trop écrasant. Ironie du sort : après s’être continuellement adressé au divin dans ses propres films, Malick a semble-t-il fini par enfanter, à son tour, quelques disciples.