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Monos

Monos

de Alejandro Landes

  • Monos

  • Colombie, Argentine, Pays-Bas, Allemagne, Suède, Uruguay2019
  • Réalisation : Alejandro Landes
  • Scénario : Alejandro Landes, Alexis Dos Santos
  • Image : Jasper Wolf
  • Décors : Daniela Schneider
  • Costumes : Johanna Buendia
  • Son : Lena Esquenazi
  • Montage : Yorgos Mavropsaridis, Santiago Otheguy, Ted Guard
  • Musique : Mica Levi
  • Producteur(s) : Santiago Zapata, Cristina Landes
  • Production : Alejandro Landes, Fernando Epstein
  • Interprétation : Julianne Nicholson (Doctora Sara Watson), Moisés Arias (Bigfoot), Sofia Buenaventura (Rambo), Julián Giraldo (Wolf), Karen Quintero (Lady), Laura Castrillón (Swede), Paul Cubides (Dog), Deiby Rueda (Smurf), Sneider Castro (Boom Boom), Wilson Salazar (Le Messager)
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 4 mars 2020
  • Durée : 1h43

Monos

de Alejandro Landes

Landes vides


Landes vides

Si les adolescents de Monos semblent jouer à la guerre plutôt que la faire, il en va de même pour Alejandro Landes, qui joue aux films de guerre et de jungle sans parvenir à se forger une identité propre. Entre deux références poussives à Apocalypse Now ou à Aguirre[1]Pour Apocalypse Now, notamment une scène d’embuscade de voiture où les personnages sont grimés comme Martin Sheen chez Coppola. Quant à Aguirre, le crescendo de l’ivresse dans la jungle en est directement inspiré, le film s’acharne à vouloir impressionner en martelant son originalité dans une succession de vignettes qui montrent le quotidien d’une tribu de jeunes soldats (les « Monos ») gardiens d’une otage américaine (Julianne Nicholson). Leur étrangeté parvient, au mieux, à évoquer un certain réalisme magique : c’est par exemple le cas lors de la scène de l’entraînement (où apparaît l’étonnant personnage du Messager, dont la petite taille n’empêche pas l’autorité naturelle), ou dans celle de la prise de champignons hallucinogènes, qui pourraient toutes deux figurer dans un roman de Gabriel García Márquez. Mais à force de tirer le fil des personnages qui tour à tour s’aiment et se détestent de façon toujours malsaine, le trouble tant désiré peine à s’imposer. La faute en revient à la manière dont le film joue grossièrement la carte de la dépense d’énergie : les acteurs ne cessent de crier et de se tartiner de boue, les boucles abrasives de Mica Levi sont platement utilisées pour exagérer l’angoisse, et la caméra tourne autour de l’action afin de l’englober, sans parvenir à prendre en charge un point de vue.

Cette absence de choix constitue le problème principal du film. On croit d’abord à un échec de caractérisation des Monos (à quelques têtes brûlées près, ils se retrouvent assez facilement divisibles en sous-groupes au sein desquels ils sont échangeables), mais les scènes de groupe peinent également à convaincre. La tentative de représentation d’un point de vue global disparaît de toute manière dans la deuxième partie du film. Au mitan de l’histoire, Alejandro Landes emprunte une voie assez inattendue, qui accouche de l’un des meilleurs moments du film. Lors de l’évasion surprise de l’otage des Monos, le cinéaste embrasse ainsi un nouveau registre, plus romanesque, qui fait la part belle à l’ingéniosité de la Doctora, ainsi qu’à sa détresse – si bien que le film sort enfin de sa torpeur. Reste qu’une fois la jeune femme rattrapée par les Monos, le spectateur perd à nouveau son point de vue jusqu’aux dix dernières minutes du film, qui n’arrive plus à camoufler l’absence de direction. Et même si au bout du tunnel un personnage réussit son évasion, le film, lui, ne s’extrait jamais de l’avalanche d’effets grossiers, jusqu’à un regard caméra final d’une gravité embarrassante.

Notes

Notes
1 Pour Apocalypse Now, notamment une scène d’embuscade de voiture où les personnages sont grimés comme Martin Sheen chez Coppola. Quant à Aguirre, le crescendo de l’ivresse dans la jungle en est directement inspiré

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