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Nice Girls Don’t Stay for Breakfast

Nice Girls Don’t Stay for Breakfast

de Bruce Weber

  • Nice Girls Don’t Stay for Breakfast

  • États-Unis2017
  • Réalisation : Bruce Weber
  • Image : Lance Acord
  • Son : Tom Fleischman, Richard King
  • Montage : Chad Sipkin
  • Musique : John Leftwich
  • Production : Little Bear Productions
  • Interprétation : Robert Mitchum, Dr. John, Benecio Del Toro, Clint Eastwood, Johnny Depp, Marianne Faithfull...
  • Distributeur : La Rabbia
  • Date de sortie : 27 février 2019
  • Durée : 1h30

Nice Girls Don’t Stay for Breakfast

de Bruce Weber

Le secret de Robert Mitchum


Le secret de Robert Mitchum

Nice Girls Don’t Stay for Breakfast s’achève sur une scène à la fois belle et anodine où Robert Mitchum, après avoir fait preuve d’une certaine théâtralité, attend seul mélancoliquement un taxi la nuit, avant de finir, à la fois par gêne et cabotinage, par hausser les épaules. La variété de ce qu’exprime l’acteur dit bien la difficulté de cerner une figure aussi complexe que la sienne, défi de taille que le film va tenter – vainement – de relever par le biais d’un portrait intime. Bruce Weber s’attelle ainsi à dépeindre les facettes contradictoires du comédien : force de la nature à la mauvaise réputation (« Why can’t Mitchum behave ? » titre un journal), homme en apparence brutal dont tous les proches louent pourtant la douceur, séducteur qui restera marié à une seule et même femme (Dorothy, figure énigmatique que le film ne parvient pas à faire sortir de l’ombre), idole détachée dont on dit toutefois qu’il serait dans l’intimité un timide dévoré par son manque de confiance en soi, etc. L’intérêt du film réside toutefois moins dans sa capacité à dissiper le mystère – au contraire, il butte sur la dimension iconique de Mitchum –, qu’à faire des nombreux paradoxes de l’acteur le nœud du montage, qui dessine en creux un début de réponse en entrelaçant trois régimes d’images :

1) Des fragments du quotidien d’un Mitchum âgé, un peu cabot et dandy, mais qui n’en demeure pas moins étrangement réservé et parfois taiseux, manifestant autant une forme de dédain aristocrate qu’une timidité perlant ici et là.
2) Des entretiens avec des célébrités (Johnny Depp, Clint Eastwood, Benicio del Toro), qui participent à nourrir la légende, auxquels s’ajoutent les confidences des proches de Mitchum (sa famille, ses anciennes amantes, ses camarades) qui prennent en charge tout le hors-champ du personnage, à l’image de cette scène de simulacre de suicide dont parle avec une certaine émotion sa petite-fille.
3) Des extraits de films de Mitchum, ainsi que de nombreuses photos.

Cette variété des sources produit d’abord un curieux effet de dissemblance, puis de superposition. Si le premier régime permet de dépeindre un « personnage » (un mythe, une trogne, une image), la parole des proches révèle quant à elle une dimension diamétralement opposée de Mitchum, qui vient nourrir de plus belle la piste d’une figure « contradictoire ». On pourrait dès lors regretter que Bruce Weber reste à une distance déférente et admirative du colosse, mais ce serait occulter un peu vite l’importance de la troisième strate au cœur du montage, qui ménage un espace où cohabitent les différents visages de Mitchum (séducteur, parangon de la virilité, marginal, croquemitaine, sex-symbol), un endroit où peuvent s’exprimer à la fois sa sensualité effrayante (Cape Fear), sa droiture d’aristocrate et sa nature de mauvais garçon (Celui par qui le scandale arrive), sa force de séduction et d’indifférence (Un si beau visage) : ses films. Le mérite (mais aussi la limite) du documentaire tient dès lors qu’à défaut de résoudre le « mystère Mitchum », il suscite le désir de replonger dans la filmographie du « dernier des Mohicans » pour explorer ses aspérités.

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