Olivia
© Solaris Distribution
Olivia
    • Olivia
    • France
    •  - 
    • 1951
  • Réalisation : Jacqueline Audry
  • Scénario : Colette Audry, (dialogues :) Pierre Laroche
  • d'après : le roman Olivia
  • de : Dorothy Bussy
  • Image : Christian Matras
  • Décors : Jean d'Eaubonne
  • Costumes : Marcelle Desvignes, Jeanne Lafaurie, Mireille Leydet
  • Son : Jo de Bretagne
  • Montage : Marguerite Beaugé
  • Musique : Pierre Sancan
  • Production : Memnon Films
  • Interprétation : Edwige Feuillère (Mademoiselle Julie), Yvonne de Bray (Victoire), Simone Simon (Mademoiselle Cara), Suzanne Dehelly (Mademoiselle Dubois), Marie-Claire Olivia (Olivia Dealey), Philippe Noiret (un amoureux dans le salon de thé)
  • Distributeur : Solaris Distribution
  • Date de sortie : 5 décembre 2018
  • Durée : 1h35

Olivia

réalisé par Jacqueline Audry

La reprise en salles d’Olivia, film sorti sur les écrans en 1951 et quelque peu oublié depuis, a au moins deux mérites : rappeler que la première Française à avoir réalisé des longs-métrages de fiction[1]Hors format long, la pionnière reste Alice Guy dont le premier film La Fée aux choux – d’une durée de 51 secondes – date de 1896. ne fut pas Agnès Varda mais Jacqueline Audry (qui fit ses armes en assistant Pabst, Delannoy ou encore Ophuls) ; (re)découvrir comment le cinéma d’après-guerre pouvait traiter un sujet comme celui de l’homosexualité féminine alors que le pays était encore sous le coup des lois vichystes (après une relative liberté de mœurs dans les films dans le cinéma des années 1930, de Carné à Grémillon en passant par Renoir). Si le roman de Dorothy Bussy, dont le scénario est tiré, fit scandale en Grande-Bretagne lors de sa sortie en 1949, l’argument dramaturgique n’en est pas moins déjà entendu, vingt ans après la sortie du film Jeunes filles en uniforme de Leontine Sagan : l’amour chaste mais passionnée d’une jeune fille – Olivia – pour sa professeure – Mademoiselle Julie. Dans Olivia, cette dévotion dont l’élève fait preuve est cependant compliquée par d’autres paramètres : fraîchement débarquée dans cette pension de jeunes filles, elle ignore tout des relations ambiguës que son enseignante a déjà tissées avec d’autres élèves et professeures. Se met alors en place un jeu de rivalités où chacune s’attache à tirer avantage de chaque situation, espérant exister un peu plus à chaque fois dans le regard de Mademoiselle Julie.

Huis-clos étouffant

Par bien des aspects, le film pourrait faire penser au Rebecca d’Alfred Hitchcock : une jeune ingénue qui ignore tout des manipulations sentimentales débarque dans une grande bâtisse reculée où se met en place un jeu à la fois de séduction et de destruction. La quasi-intégralité de l’action d’Olivia sera d’ailleurs circonscrite à ces quatre murs, enfermant chaque personnage dans une somme de désirs contradictoires. Seulement, à la différence de la célèbre adaptation de Daphne du Maurier, la mise en scène de Jacqueline Audry semble également prise au piège de cet écrin suffocant aux décors surchargés au travers duquel déambulent des actrices confirmées dont le jeu empesé se heurte à des lignes de dialogue trop écrites. Avec un aplomb et un sérieux qui frisent parfois le ridicule, chaque interprète joue sa partition en tentant de faire difficilement exister son personnage au-delà des caractéristiques qui le surplombent : la manipulatrice, la naïve, la cynique, l’évaporée, etc. La palme revient probablement à la pauvre Simone Simon (qu’on a connue autrement plus inspirée chez Renoir ou Tourneur) surjouant les amantes délaissées au bord de l’implosion hystérique. Avec une précision qui voudrait emprunter aux plus grands réalisateurs classiques ayant fait de la manipulation amoureuse un véritable enjeu de mise en scène (Cukor dans Hantise, par exemple), Jacqueline Audry fait de ces quelques femmes les pantins d’un théâtre trop replié sur lui-même.

De l’audace ?

Certes, on pourra arguer qu’en dépit de son académisme qui emprunte quelques idées à Ophuls (comme les jeux avec les miroirs), Olivia a au moins le courage d’évoquer l’homosexualité alors que le cinéma français des années 1950 est particulièrement timoré sur le sujet. Quatre ans après le beau personnage lesbien de Dora dans Quai des Orfèvres d’Henri-Georges Clouzot et treize ans avant le décrié Les Amitiés particulières de Jean Delannoy, le film de Jacqueline Audry propose sa propre variation sur le thème de l’homosexualité chaste, en pleine zone grise entre l’amitié passionnelle et l’amour tu. Seulement, là où la réalisatrice aurait pu mettre en scène le désir, laisser affleurer une sensualité en jouant sur les intérieurs et les mouvements caméra, le résultat s’en tient à un statisme prudent où la seule évocation d’un amour « contre-nature » vient se nicher dans des jeux de regard trop démonstratifs ou dans des déclarations pourtant privées de la moindre incandescence. (Re)découvrir Olivia soixante-sept ans après sa première exploitation en salles tient surtout de la curiosité que procure un tel voyage dans le temps : si le dispositif n’est pas sans rappeler Les Garçons de la bande de William Friedkin (autre huis-clos étouffant trop écrit et structuré autour d’une galerie de personnages ouvertement homosexuels pris au piège de rivalités amoureuses), ce cinquième long-métrage de Jacqueline Audry rappelle combien la transgression sociale dans le cinéma français d’alors peinait parfois à rivaliser avec la littérature et le théâtre.

Notes   [ + ]

1.Hors format long, la pionnière reste Alice Guy dont le premier film La Fée aux choux – d’une durée de 51 secondes – date de 1896.
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