On a failli être amies

On a failli être amies

de Anne Le Ny

  • On a failli être amies

  • France2013
  • Réalisation : Anne Le Ny
  • Scénario : Anne Le Ny
  • Image : Jérôme Alméras
  • Décors : Yves Brover
  • Costumes : Isabelle Pannetier
  • Montage : Guerric Catala
  • Musique : Éric Neveux
  • Producteur(s) : Bruno Levy
  • Production : Move Movie, Mars Films
  • Interprétation : Karin Viard (Marithé), Emmanuelle Devos (Carole Drissi), Roschdy Zem (Sam Drissi), Anne Le Ny (Nathalie), Philippe Rebbot (Pierre), Annie Mercier (Jackie)...
  • Distributeur : Mars Distribution
  • Date de sortie : 25 juin 2014
  • Durée : 1h31

On a failli être amies

de Anne Le Ny

Chacune à sa place


Chacune à sa place

En quatre films seulement, le cinéma d’Anne Le Ny est en train de tourner au vinaigre. Si elle n’a auparavant jamais eu peur de se frotter aux personnages mal aimables (c’est d’ailleurs ce qui faisait le sel de Ceux qui restent), il est évident que l’actrice-réalisatrice n’est jamais parvenue à s’affranchir de scénarios trop écrits pour poser de véritables questions de regard et de mise en scène. Il suffit par exemple de voir avec quelle médiocrité le montage d’On a failli être amies alterne les champs/contrechamps entre les deux personnages principaux pour construire un rapport de force totalement artificiel, ne laissant jamais rien exister dans les raccords. Anne Le Ny s’inscrit dans un cinéma qui croit avec prétention qu’il donne tout à voir dans chaque plan, que le cadre choisi dessinera les contours exhaustifs de la monstruosité de ses personnages. Mais il faut reconnaître que l’inspiration du démiurge semble plutôt ici trouver sa source dans les magazines féminins de psychologie, sûrs de leurs théories toutes faites sur le rôle et les attributs de l’homme et de la femme.

Exclusivement féminin

Marithé (Karin Viard) et Carole (Emmanuelle Devos) se rencontrent donc dans un centre de bilan de compétences où la première travaille et où la seconde cherche à échapper à son mari (Roschdy Zem) dont elle est dépendante financièrement et professionnellement. Toutes deux sont dépeintes comme névrosées et frustrées (forcément, elles ont la quarantaine et sont à « la croisée des chemins ») et construisent une amitié ambiguë où les sacrifices de l’une peuvent faire le bonheur de l’autre. En contrepoint de ces errements hystériques qui semblent n’être le lot que des petits bourgeois, un groupe d’ouvrières laissées sur le carreau après un licenciement abusif n’aspire qu’à retrouver du travail, quel qu’il soit. Ce qui pourrait n’être qu’un détail du récit en dit finalement long sur le discours tout entier du film : l’insatisfaction mélancolique ne concerne pas les prolétaires qui ont bien évidemment d’autres priorités plus pragmatiques à gérer. On pourra s’indigner de cette catégorisation plutôt hypocrite d’autant plus que, face à cette horde de personnages féminins antipathiques, les hommes font bonne figure : le mari attentionné qui refuse l’infidélité, l’amant lucide sur les intentions malhonnêtes de Marithé, l’ex-mari tendre et complice, etc. Les féministes n’ont qu’à bien se tenir.

On a perdu Karin Viard

Au-delà des gros problèmes d’écriture du film (une fin qui n’en finit pas et qui remet toujours à la scène suivante la résolution tant prévisible de l’intrigue) et d’une absence tragique de toute pensée de mise en scène, l’un des plus gros problèmes d’On a failli être amies est très certainement le jeu de Karin Viard : alors qu’elle a suscité un enthousiasme certain il y a une quinzaine d’années (La Nouvelle Ève de Catherine Corsini, Haut les cœurs ! de Sólveig Anspach, L’Emploi du temps de Laurent Cantet), cette actrice est devenue la caricature d’elle-même. Avec son jeu outré, ses yeux écarquillés, ses bafouillements répétés, elle a définitivement abandonné tout ce qui faisait sa valeur (un jeu aérien et libre, au-delà des questions de genre) pour tomber dans un systématisme étriqué qui ne demande pourtant qu’à se briser. Face à Emmanuelle Devos, qui sait toujours mettre un peu d’étrangeté disgracieuse dans ses rôles les plus plats, Karin Viard donne le sentiment de ce qu’aurait été un épisode de Julie Lescaut sur le burn-out de Véronique Genest. C’est dire notre enthousiasme.

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