Si Uprising ne convaincra probablement pas les amateurs du premier Pacific Rim, dont il constitue sur le plan du spectacle une forme de suite au rabais, le film présente toutefois un intérêt sur un point précis. Uprising reprend le cours du récit dix ans après les événements du premier volet et s’articule autour de la répétition d’une menace (des robots géants, les Jaegers, affrontent des monstres titanesques venus d’une autre dimension, les Kaijus) qui prend toutefois une nouvelle forme, une forme mutante : d’abord un Jaeger illégal, constitué pour moitié de matière organique issue des Kaijus, attaque Sydney ; ensuite, des drones gangrénés de l’intérieur par une excroissance extraterrestre se retournent contre les humains ; enfin, un titan combinant trois Kaijus, par l’entremise de la technologie, cherche lui-même à se fondre dans les terres rares volcaniques du mont Fuji pour provoquer l’Apocalypse.
Face à ces forces qui saignent, palpitent, suintent de fluides bleutés et acides, les humains opposent une autre forme apparente d’hybridation : les robots géants dont les mouvements sont coordonnés par deux ou trois pilotes connectés cérébralement entre eux et à la machine. Toutefois, le film délaisse rapidement cet enjeu pourtant passionnant (deux corps partagent les mêmes souvenirs, affects, pensées, traumatismes) et ce pour deux raisons : d’abord à cause du manque d’approfondissement du récit, qui survole chaque personnage et enjeu émotionnel, et ensuite (et on serait tenté de dire surtout) par phobie. Une seule connexion véritable, permettant la cohabitation de deux esprits en présence, compte en effet dans la narration : celle qui lie Newt, sidekick comique catapulté involontairement en méchant maître de marionnettes, à un cerveau extraterrestre qui prend le contrôle des actes et pensées de l’humain pour, comme il est dit, le « pervertir ».
Aplanissement
Uprising partage en cela le même rapport passion/répulsion qu’entretient nombre de blockbusters hollywodiens avec la question de la mutation, qui se trouve au cœur du numérique (via notamment la motion capture, ici distinctement mise en abyme par la connexion neuronale des pilotes avec leurs robots) : elle est à la fois la matière première de ce qui se joue tout en constituant une altérité repoussante, nécessairement dangereuse, qu’il convient de combattre. Contre la mutation, le film fait ainsi le choix du mélange : mélange apparent des corps et des robots, mais surtout mélange des générations (vétérans et cadets), des genres (le combat final, qui associe dans un même robot une adolescente et son grand frère symbolique) et des origines ethniques (d’abord avec le duo de pilotes frères ennemis incarnés par John Boyega et Scott Eastwood, puis avec l’intégralité du corps des cadets, dont chaque représentant est issu d’une culture différente). Le mélange n’opère toutefois pas de véritable transformation : il égalise autant qu’il aplanit l’ensemble des différences qui composent le champ des personnages. Les vrais mutants, les vraies formes susceptibles d’ouvrir une autre voie, sont quant à elles vouées à être anéanties. Le problème que pose ce dualisme se situe toutefois moins à un niveau strictement moral (la peur de l’inconnu et du hors norme) qu’avant tout esthétique : la mutation, comme dans des films de super-héros (X‑Men, Spider-Man) ou des blockbusters expérimentaux (Tintin, La Planète des singes : les origines, Avatar), est un enjeu plastique (repousser la limite de ce que peut faire un corps) porteur de questions complexes (quel est le rapport entre mon corps et mon esprit ? Mon corps et l’autre ? Mon corps et le monde ?) qu’un film comme Uprising délaisse en faisant de la différence une simple affaire de programme.