Possédée

Possédée

de Ole Bornedal

  • Possédée
  • (The Possession)

  • États-Unis, Canada2012
  • Réalisation : Ole Bornedal
  • Scénario : Juliet Snowden, Stiles White
  • Image : Dan Laustsen
  • Montage : Eric L. Beason
  • Musique : Anton Sanko
  • Producteur(s) : Sam Raimi, Robert Tapert, J.R. Young
  • Interprétation : Natasha Calis (Emilie), Madison Davenport (Hannah), Jeffrey Dean Morgan (Clyde), Kyra Sedgwick (Stephanie)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 26 décembre 2012
  • Durée : 1h32

Possédée

de Ole Bornedal

Possession ordinaire


Possession ordinaire

La Malédiction (1976), Poltergeist (1982), L’Exorciste (1973) : les (plus ou moins) illustres représentants du « film surnaturel » président au travail du réalisateur Ole Bornedal comme à celui de son interprète principal, Jeffrey Dean Morgan, prodigue pendant la promo du film d’anecdotes sulfureuses sur un tournage prétendument hanté. Il faut sans doute au moins ce parfum de surnaturel suranné, à l’époque des trains fantômes sans personnalité mais très efficaces de l’école Paranormal Activity, pour attirer le chaland. Plutôt honnête dans sa volonté de revenir à une épouvante « à l’ancienne », Possédée manque pourtant à la fois de finesse dans sa narration, et d’un angle vraiment intéressant. Pas de quoi se réveiller la nuit.

Ouvrons le catalogue du film de possession. Il nous faut donc, pour rester dans le canon du genre, codifié suite aux succès de Rosemary’s Baby (1968) et de L’Exorciste, un démon, un ou une possédée, de préférence une petite fille (la Reagan de Linda Blair demeurant le mètre-étalon du personnage), une famille sceptique (et si possible en déliquescence, pour bien montrer que l’unité familiale retrouvée est la meilleure défense), mais dont un membre, incompris, va découvrir rapidement le pot aux roses, des manifestations de possession hautement graphiques, et éventuellement l’érudit inquiétant et son poussiéreux grimoire, chargés de nous donner les clés de l’énigme. Parfait, rien à dire, Possédée connaît sa liste de courses, et a consciencieusement biffé dessus tout ce qu’il lui fallait, selon une progression dramatique elle aussi bien fidèle aux codes.

L’idée est alléchante, alors que le gros de la mode horrifique récente navigue entre les multiples found footages de l’école Oren Peli (probablement la plus grosse arnaque du cinéma fantastique récent) et le retour au cinéma gothique des années 1960 et de la Hammer (les intéressants The Woman in Black et Wake Wood, ou le Kill List de Ben Wheatley). Les films de possession des années 1960 – 70 recentraient la terreur sur l’ennemi venu de l’intérieur, avec des personnages à l’intégrité physique et morale perpétuellement menacée, et avec elle la stabilité de la perception qu’en avait le spectateur. Ole Bornedal souhaiterait-il, avec Possédée, nous inviter à assister au retour de l’horreur des années de grande crise, de sa paranoïa, de ses doutes perpétuels et de ses finales en demi-teinte ?

Si c’est le cas, hélas, force est de constater que le réalisateur de Dina ploie sous le joug d’une vision très démonstrative du cinéma d’horreur, qui nie, justement, toute la riche ambiguïté du genre dont il se réclame. Une autre charge a été manifestement inscrite au cahier de Possédée : assurer la trouille, susciter le frisson, générer la flippe à intervalles réguliers. Heureusement pour nous, Ole Bornedal évite de recourir au jump scare dont fait largement usage le style Oren Peli (voir, à cet égard, le récent Sinister). Le réalisateur va ainsi s’appliquer à mettre en scène avec régularité des scènes d’influence surnaturelle plutôt bien réalisées, mais tristement premier degré et répétitives. Rapidement, nous voilà convaincus que la petite Emilie est tout à fait possédée par un dybbuk[1]Un démon du folklore juif, nous apprend une pontifiante scène de rencontre entre le père d’Emilie et quelques rabbins traditionalistes, qui feront ricaner ceux qui se souviennent du personnage de rabbin de L’Abominable Docteur Phibes., que son père va découvrir la vérité bien vite[2]Lors d’une remarquable scène de recherches où YouTube prend la place des volumes poussiéreux dégotés dans une sombre librairie des films des générations précédentes. Ah, à quoi la modernité tient-elle !, ne pas être cru au départ, puis finalement si dans un grand moment de cohésion familiale retrouvée.

Pas de doute, donc, pas de tentative de nous faire croire que, peut-être, la séparation traumatique de ses parents suscite ces débordements chez la petite Emilie : finalement, Ole Bornedal n’investit le cadre raffiné du film de possession que pour y dessiner une narration efficace et sans la moindre nuance. Mais, nous dit-on, c’est « inspiré d’une histoire vraie »[3]On nous dit également « craignez le démon qui ne craint pas dieu », ce qui constitue un slogan à la fois remarquablement peu efficace, et complètement démenti par le film. Bravo la comm’! : c’est sans doute pour ça. Il reste que l’affaire suscite le doute : assez remarquablement, d’ailleurs, le film ne prend jamais le soin d’établir la véracité éventuelle des faits[4]Cela dit, l’anecdote originale tient déjà de la plus pure légende urbaine virtuelle…, de citer quelque source que ce soit, voir de s’attacher à la plus élémentaire crédibilité. Il semble qu’en fait le réalisateur (pourtant pas novice dans l’horreur) n’ait ici accompli qu’un travail de tâcheron, piochant ici et là les éléments destinés à alimenter son patchwork horrifique pour le vendre plus efficacement, et rien de plus. Les distributeurs français, prudents, sortent le film après la fin du monde : croyez-moi, c’est un signe.

Notes

Notes
1 Un démon du folklore juif, nous apprend une pontifiante scène de rencontre entre le père d’Emilie et quelques rabbins traditionalistes, qui feront ricaner ceux qui se souviennent du personnage de rabbin de L’Abominable Docteur Phibes.
2 Lors d’une remarquable scène de recherches où YouTube prend la place des volumes poussiéreux dégotés dans une sombre librairie des films des générations précédentes. Ah, à quoi la modernité tient-elle !
3 On nous dit également « craignez le démon qui ne craint pas dieu », ce qui constitue un slogan à la fois remarquablement peu efficace, et complètement démenti par le film. Bravo la comm’!
4 Cela dit, l’anecdote originale tient déjà de la plus pure légende urbaine virtuelle…

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