Rouge comme le ciel

Rouge comme le ciel

de Cristiano Bortone

  • Rouge comme le ciel
  • (Rosso Come il Cielo)

  • Italie2006
  • Réalisation : Cristiano Bortone
  • Scénario : Cristiano Bortone, Paolo Sassanelli, Monica Zapelli
  • Image : Vladan Radovic
  • Montage : Giancarla Simoncelli
  • Musique : Ezio Bosso
  • Producteur(s) : Daniele Mazzocca, Cristiano Bortone
  • Production : Orisa Produzioni
  • Interprétation : Paolo Sassanelli (Don Giulio), Luca Capriotti (Mirco), Francesco Campobasso (Davide), Marco Cocci (Ettore), Simone Colombari (le père), Alessandro Fiori (Mario), Simone Gulli (Felice)
  • Distributeur : Les Films du Préau
  • Date de sortie : 6 octobre 2010
  • Durée : 1h36

Rouge comme le ciel

de Cristiano Bortone

Renouer avec le cinéma


Renouer avec le cinéma

À la suite d’un accident domestique, Mirco, dix ans et déjà passionné de cinéma, perd presque complètement la vue. Avec ce nouvel handicap, comment peut-il encore vivre sa passion ? Vaste question qui a déjà alimenté fantasmes et angoisses de nombreux cinéastes et à laquelle l’Italien Cristiano Bortone tente de répondre de manière bien modeste avec une foi envers le septième art variablement communicative…

Depuis déjà quelque temps, le cinéma italien semble trouver une seconde jeunesse. On ne compte plus les productions transalpines sorties sur les écrans français et certaines rencontrent même un succès populaire plutôt inattendu, comme par exemple la comédie populaire Le Premier qui l’a dit, sortie en plein milieu de l’été, qui avait attiré pas moins de 100 000 spectateurs en seulement trois semaines. C’est probablement dans ce sillon creusé par le renouveau d’un cinéma populaire représenté par Özpetek, Tornatore et autre Placido que nous arrive tardivement ce film de Cristiano Bortone, Rouge comme le ciel, tourné en 2006. Mais si le cinéma italien semble avoir retrouvé une certaine vitalité sur le plan économique, il peine difficilement, à la différence du cinéma allemand également en plein renouveau depuis plus de cinq ans, à devenir force de proposition sur le plan formel, si l’on excepte quelques récentes exceptions comme La Pivellina ou encore La Bocca del Lupo. Aux prises avec un système politique qui laisse peu de place à la contestation, le cinéma italien (au moins celui qui s’exporte) semble du coup s’embourber dans une tiédeur où la tentation populiste n’est jamais bien loin.

En dépit de son joli sujet qui aurait pu faire de Rouge comme le ciel un film tout à fait honorable, c’est également sur cette pente que semble glisser le cinéma de Cristiano Bortone. Placée dans un passé proche − les années 1970 − mais suffisamment loin pour pouvoir prendre des allures de contes, l’action du film se déroule dans une petite ville paisible de Toscane où le jeune Mirco vit une enfance insouciante (le lénifiant plan d’ouverture donne immédiatement la couleur), aimé de ses deux parents dévoués et passionné de cinéma. Comme un tel tableau ne suffit pas à faire un film d’1h30, le réalisateur va saccager cet équilibre édifiant. Un après-midi comme les autres, le jeune garçon décide de décrocher le fusil suspendu au mur de la cuisine pour mieux l’observer. Sans grande surprise et à grand renfort d’effets (ralentis, montage alterné), l’enfant perd l’équilibre, l’arme tombe au sol, se décharge et le blesse au visage. Les médecins sont catégoriques : sa vie n’est pas en danger mais il ne recouvrera jamais la vue et doit être placée dans une institution spécialisée qui le préparera à la pratique d’un métier. Comme l’élément négatif (le fusil) est venu rompre le bonheur dans lequel nageait la famille, tout va aller de mal en pis. L’institution dans laquelle Mirco est placée ne comprend pas sa révolte et d’autres enfants également handicapés se mettent à le persécuter comme pour mieux souligner que cet enfant-là, en dépit de ses limites physiques, n’est pas comme les autres, qu’il a un don qui finira malgré tout par le différencier des autres.

Deux rencontres lui permettent justement de se révéler à son potentiel : une jeune fille du même âge que lui qu’il emmène sur son vélo « voir » des films au cinéma et un prêtre de l’institution qui l’encourage à prendre conscience de ce que peut lui apporter la maîtrise de ses autres sens. Mirco va donc développer son ouïe et appréhender autrement le cinéma dont il reste un fervent admirateur. Cette déclaration d’amour pour le septième art, inspirée de l’histoire vraie de Mirco Mencacci, devenu l’un des ingénieurs du son les plus réputés d’Italie, aurait pu faire sens si Cristiano Bortone avait su la matérialiser à l’écran, notamment en effectuant un travail sur le son qui est ici quasi inexistant. Et au-delà des quelques rares jeux de lumière et d’ombres dont l’évidente volonté poétique ne fait que révéler sa pauvreté et sa vacuité, le réalisateur en revient souvent à la chronique d’une enfance idéalisée et forçant l’attendrissement, à l’instar d’un François Truffaut égaré quelques décennies plus tôt dans des projets tels que L’Argent de poche, certainement pas les plus mémorables de sa carrière. Pour le reste, Rouge comme le ciel déroule un peu trop sagement son programme construit en deux temps, ne ménageant aucune véritable surprise ni enchantement sur le pouvoir évocateur du septième art.

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