Submarine

Submarine

de Richard Ayoade

  • Submarine

  • Angleterre, États-Unis2010
  • Réalisation : Richard Ayoade
  • Scénario : Richard Ayoade
  • d'après : le roman Submarine
  • de : Joe Dunthorne
  • Image : Erik Alexander Wilson
  • Montage : Nick Fenton, Chris Dickens
  • Musique : Andrew Hewitt
  • Producteur(s) : Mary Burke, Mark Herbert, Andy Stebbing
  • Interprétation : Craig Roberts (Oliver Tate), Yasmin Paige (Jordana Bevan), Noah Taylor (Lloyd Tate), Sally Hawkins (Jill Tate), Paddy Considine (Graham Purvis)...
  • Date de sortie : 20 juillet 2011
  • Durée : 1h47

Submarine

de Richard Ayoade

La tête sous l'eau


La tête sous l'eau

Comédien à la télévision anglaise et réalisateur de clips (notamment pour les Arctic Monkeys), Richard Ayoade signe avec Submarine sa première aventure de cinéma. Adapté d’un roman homonyme de Joe Dunthorne, ce film prend place dans une petite ville côtière de Grande-Bretagne. Il décrit le quotidien morne d’un adolescent surdoué et neurasthénique, qui va se retrouver chamboulé par ses premiers émois pour une fille et l’apparition d’un gourou new age tentant de séduire sa mère. Un film sympathique et sans prétentions.

C’est d’ailleurs bien là le problème de ce genre de « petits films », chronique douce-amère de l’adolescence, avec son gentil lot de fantaisie : on n’y trouve pas grand-chose à reprocher, mais pas non plus de quoi s’extasier. Un bon moment, vite vu, vite oublié. La faute à qui ?

On aurait tendance à pointer du doigt une forme reconnaissable et formatée : images léchées dans le plus pur style indé chic (on pense à Garden State, Away We Go et bien d’autres…), avec l’idée qu’il faut transcender la beauté d’une campagne peuplée par des ploucs pour réussir à lui donner du charme. Les personnages sont un brin farfelus (juste ce qu’il faut, tendance Little Miss Sunshine), et de petits détours narratifs insolites viennent parfois titiller le spectateur pour le sortir de sa torpeur (tendance Beginners). La voix off est largement présente et balise de manière très précise le parcours dramatique du film, afin de construire un petit univers clos, autosuffisant, duquel rien ne dépasse.

Au passage, on remarque tout de même quelques dialogues bien envoyés, quelques saillies d’humour un poil percutantes. Mais que manque-t-il alors pour réussir à susciter un peu plus d’enthousiasme ? Pourquoi le spectateur est-il voué à se tenir dans la même posture atone qu’Oliver, le personnage principal ? La réponse est à la fois simple et trop évidente pour satisfaire. Il est clair que ce type de film n’est pas créé pour déchaîner les passions, mais à force de jouer le jeu de la demi-teinte, il se perd dans une posture à la limite de l’anecdote, sans réussir à emporter l’adhésion de qui que ce soit. Derrière la description iconoclaste d’un microcosme se cache une vision somme toute bien gentillette. Car tout élément destiné à amener un peu de vie et d’imprévu est rapidement contrecarré par un rappel à l’ordre : une rupture amoureuse n’est finalement qu’un moyen de reprendre la relation et de grandir, les troubles passagers d’un couple marié ne sont finalement que des turbulences au milieu d’un ciel bien clair.

Alors, il est vrai qu’il reste quelques jolis moments à se mettre sous la dent, car un travail de bon faiseur arrive ponctuellement à toucher juste. En adoptant un storytelling non réaliste dans un cadre narratif pourtant bien familier, Ayoade arrive plutôt bien à faire accepter son style ampoulé et ses afféteries de mise en scène. Mais ce ne sont que les arbrisseaux qui cachent la forêt. La vraie réussite du film restera finalement la découverte du jeune Craig Roberts dans le rôle d’Oliver. Son visage d’un autre temps bardé par des cernes, ses expressions inquiètes et étrangement adultes dévoilent un potentiel à la fois burlesque et dramatique qui traverse tout le film, et hante encore après la projection. Ça, pour le coup, on demande à revoir.

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