The Crazies
The Crazies
    • The Crazies
    • États-Unis d'Amérique
    •  - 
    • 2010
  • Réalisation : Breck Eisner
  • Scénario : Scott Kosar, Ray Wright
  • d'après : le film The Crazies
  • de : George A. Romero
  • Image : Maxime Alexandre
  • Montage : Billy Fox
  • Musique : Mark Isham
  • Producteur(s) : Michael Aguilar, Rob Cowan, Dean Georgaris, George A. Romero
  • Interprétation : Timothy Olyphant (David Dutton), Radha Mitchell (Judy Dutton), Joe Anderson (Russell), Danielle Panabaker (Becca)...
  • Distributeur : SND
  • Date de sortie : 9 juin 2010
  • Durée : 1h41

The Crazies

réalisé par Breck Eisner

Quasiment tous les classiques de cinéma d’horreur ayant fait l’objet de remakes ces dernières années, c’est logiquement au tour d’œuvres plus obscures de passer désormais à la moulinette de producteurs sans ambition, de scénaristes sans imagination et de cinéastes sans envergure. S’il ne constitue pas le pire représentant de cette vague de sous-produits, et s’il ne pâtit pas trop de la comparaison avec un modèle qui n’avait rien d’insurpassable, The Crazies souffre d’avoir évacué tout iconoclasme politique et social au profit d’une frontalité spectaculaire mais vide d’enjeux.

Ogden Marsh est un petit bourg de l’Amérique profonde comme on en voit souvent dans les films d’épouvante : paisible et sans histoire au point de paraître redoutablement ennuyeux. Jusqu’au jour où ses habitants contractent un virus qui les transforment en fous dangereux. Épaulés par quelques faire-valoir sacrifiables, le shérif et son épouse enceinte tentent de survivre aux pulsions meurtrières de leurs anciens voisins – mais aussi aux militaires qui ont mis la ville en quarantaine et entendent ne laisser personne s’en évader.

Les séries B fantastiques américaines ont toujours su explorer, et exploiter, les pires craintes liées à l’idée de communauté (au sens moins politique que familial du terme) que le cinéma « traditionnel » s’acharne tant à célébrer par ailleurs. Dans des sociétés de plus en plus policées, la sauvagerie et la bestialité refoulées ressurgissent dans ces œuvres cathartiques dont la multiplication et le succès commercial témoigne d’une fascination assez préoccupante pour les pulsions les plus régressives. Comme dans les innombrables films de zombies qui depuis quelques années pullulent sur les écrans et nourrissent l’imaginaire collectif, The Crazies joue habilement de ces peurs à la fois ancestrales et bien contemporaines : l’ennemi est intérieur (c’est le père, le collègue, l’ami…) ; il est même tapi à l’intérieur de chacun d’entre nous. À cela s’ajoute la psychose de la pandémie, très présente dans le cinéma fantastique contemporain (voir le tout récent Infectés), et qui participe au fond de la même paranoïa latente : méfions-nous les uns les autres, tel est le message que l’on nous serine désormais.

S’il n’apporte rien à un genre déjà sur-balisé, le film de Breck Eisner présente quelques qualités qui le rendent, sinon notable, au moins regardable pour peu que l’on soit sensible au genre. Subsistent bien sûr des poncifs de scénario et de mise en scène : les héros ont la fâcheuse habitude de se séparer en plusieurs groupes de un, puis sont miraculeusement sauvés à la dernière seconde par une intervention extérieure ; les prédateurs apparaissent au fond du cadre à la faveur d’un mouvement de caméra, etc. Mais au-delà de ces ficelles convenues, le film surprend par le choix d’une certaine sécheresse. Le récit ne met pas trois quarts d’heure à se mettre en route et recourt à l’ellipse plutôt que de s’appesantir sur la progression de l’épidémie ; les personnages sont rapidement dessinés mais ne sont pas pour autant réduits à l’état d’archétypes (l’adjoint du shérif constitue même une figure « d’homme ordinaire » assez touchante). Pour autant, ces qualités ne parviennent pas à faire oublier ce qui a disparu entre 1973 et 2010 : une vision du monde.

Car The Crazies est à l’origine un film homonyme de George Romero, réalisé trois ans après le choc de La Nuit des morts-vivants – et affublé d’ailleurs en France du titre ridicule de La Nuit des fous vivants. Il s’agit certes d’une œuvre mineure du maître de l’horreur : cette première version souffrait d’un budget plus que réduit, mais aussi d’une mise en scène plutôt plate et d’un discours antimilitariste assez lourdaud… Mais alors que Romero s’appesantissait sur les efforts vains et même contreproductifs des autorités civiles et militaires pour juguler une infection dont elles étaient en grande partie responsables, Eisner et ses scénaristes se concentrent sur un seul groupe de survivants en évacuant soigneusement le contexte. The Crazies nouvelle version est un film dépolitisé, soigneusement expurgé de ce que l’œuvre originale pouvait présenter de subversif. Au moins Breck Eisner ne trahit-il pas le message original[1]Peut-être parce que Romero coproduit le film ? : on reste loin de la pénible Armée des morts, où Zack Snyder dévoyait le nihilisme et l’anticapitalisme radical du Zombie de Romero au profit d’un jeu de massacre idéologiquement et cinématographiquement puéril.

Eisner semble en tout cas s’être condamné à mettre ses services d’honnête tâcheron au profit de ce que des cinéastes plus personnels et brillants que lui ont su créer : il s’attaquera bientôt à la réalisation des remakes du Chromosome 3 et de New York 1997. Le résultat sera peut-être fidèle à l’univers de David Cronenberg et de John Carpenter, mais ne devrait pas les faire oublier.

Notes   [ + ]

1.Peut-être parce que Romero coproduit le film ?
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