De La Route à 28 jours plus tard, de Doomsday à Je suis une légende, le cinéma post-apocalyptique connaît un retour en grâce, répétant avec plus ou moins de finesse l’axiome narratif dit « de Stephen King » : poser un huis clos face à une menace massive, et voilà la groupe transformé en microcosme politico-sociologique. Épuré, autant de par son budget que par son économie narrative, Infectés tente de jouer la carte de la différence. C’est raté, mais c’est méritoire.
« The Road Warrior » – avec le nom inscrit sur le capot de la voiture des protagonistes, le ton est donné. The Road Warrior est le titre original du second épisode de la saga Mad Max, film post-apocalyptique par exemple, celui qui a totalement codifié le genre. La référence est présente, mais Infectés ose se démarquer : ainsi, le film délaisse la traditionnelle tentative de refondation de la société (c’est-à-dire l’établissement de nouvelles règles en adéquation avec la situation de crise, et souvent l’opportunité de mettre en scène tensions et déchirements entre les individus). Dans Infectés, les règles sont déjà édictées : une maladie terriblement infectieuse a décimé l’humanité. Un infecté, c’est un mort en sursis, et une source de contamination – la seule règle est : on ne laisse rien au hasard ni à la chance. Ceci à l’esprit, quatre personnes tentent de se rendre dans un endroit qu’elles estiment sûr.
Il arrive un moment où l’être humain ne peut plus se maintenir en état de siège permanent, où il tentera de ressusciter les anciennes voies. On a rarement l’occasion de voir cette étape dans les films post-apocalyptiques. C’est l’ambition, louable, d’Infectés. Le film semble vouloir poser l’instinct grégaire comme étant plus fort que l’instinct de survie. Le film soutient son récit avec une mise en scène économe, mais c’est surtout son scénario qui frappe par son incongruité, notamment par son attachement à de belles scènes rarement vues, mêlant une sombre poésie et une dureté de ton inédite. Dans ces moments étonnants, Infectés se révèle comme le portrait pertinent d’une société retombée dans le chaos, et où la résignation remplace la lutte pour la survie.
Pas de pathos, pourtant, car Infectés avance dans un monde ouaté, où l’épuisement hérité de lourdes compromissions morales pèse sur chacun. La rage est éteinte, à point que l’eldorado convoité par les protagonistes n’est jamais vu comme plus qu’un simple mirage auquel s’accrocher. Ce surprenant – et intéressant – parti-pris trouve cependant sa limite hors de ces scènes précitées. Lesdites scènes appartiennent toutes au récit « externe », aux anecdotes destinées à étayer le propos sans être formellement indispensables. Filmé sans réelle implication par les frères Pastor, le scénario manque de corps, d’identité, d’un désir de pérenniser les audaces qui parsèment le récit. Malgré tout, la volonté de se singulariser, de proposer une alternative à une narration formatée rend attachant cet Infectés pourtant imparfait.