The Disaster Artist
© Justina Mintz / A24 / New Line Cinema
The Disaster Artist
    • The Disaster Artist
    • États-Unis
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : James Franco
  • Scénario : Scott Neustadter, Michael H. Weber
  • d'après : le livre The Disaster Artist
  • de : Greg Sestero, Tom Bissell
  • Image : Brandon Trost
  • Décors : Chris L. Spellman
  • Costumes : Brenda Abbandandolo
  • Montage : Stacey Schroeder
  • Musique : Dave Porter
  • Producteur(s) : Vince Jolivette, Seth Rogen, James Franco, Evan Goldberg, James Weaver
  • Production : Point Gray, Ramona Films
  • Interprétation : James Franco (Tommy Wiseau), Dave Franco (Greg Sestero), Seth Rogen (Sandy Schklair), Alison Brie (Amber), Ari Graynor (Juliette Danielle), Jackie Weaver (Carolyn Minnott)...
  • Distributeur : Warner Bros. France
  • Date de sortie : 7 mars 2018
  • Durée : 1h44

The Disaster Artist

réalisé par James Franco

L’histoire est désormais bien connue : en 2003 sort The Room, un film si mauvais qu’il en devient rapidement culte. L’homme derrière le nanar (réalisateur, scénariste, producteur et acteur principal) s’appelle Tommy Wiseau, drôle de personnage dont l’âge, le pays d’origine et la fortune restent teintés de mystère. Dix ans plus tard, le compère de Wiseau (et acteur sur le film), Greg Sestero, tire du tournage un livre, The Disaster Artist, que James Franco adapte aujourd’hui en se donnant le rôle du fantasque réalisateur. On devine bien pourquoi Franco s’est intéressé à pareil projet, tant la figure de Wiseau porte en elle un potentiel comique qui n’a rien à envier aux scènes les plus drôles de The Room. Pourtant, on perçoit aussi rapidement quelles pourraient être les limites inhérentes d’une pareille entreprise – attrait de l’histoire comme seul moteur, enchevêtrement de sketchs en guise de fil directeur, etc. Or, et c’est peut-être la seule surprise du film, qui ressemble par ailleurs à une suite d’anecdotes, Franco trouve dès la première scène non pas un, mais bien potentiellement deux angles possibles pour donner de la chair à son récit. Problème : il choisit le moins stimulant.

Lors d’un cours de théâtre, Greg Sestero (Dave Franco, le frère de James) interprète laborieusement une scène d’En attendant Godot. Le jeune homme est raide, hésitant, mal à l’aise et surjoue pour donner le change. C’est là que débarque Wiseau, corbeau hirsute à l’accent improbable, qui commence à ramper sur scène en hurlant « Stella ! ». L’assistance est stupéfaite, un peu gênée, mais Greg lui se révèle conquis par l’audace de cet hurluberlu qui n’a manifestement pas peur du ridicule. C’est dans cette scène inaugurale que se noue l’échec de The Disaster Artist qui, plutôt que de suivre cette voie du portrait d’un acteur dont l’égo serait tel qu’il annihilerait tout surmoi, embrasse plutôt l’autre piste portée par la scène : celle du récit d’une amitié qui donnera naissance au « Citizen Kane des mauvais films ».

D’où que le film ne pénètre qu’à moitié au cœur de ce qui constitue l’intérêt de l’affaire : le tournage de The Room et la médiocrité des acteurs. Franco avait là pourtant là l’occasion de faire son miel de la fabrique d’un échec, en donnant pleinement du temps au jeu (raté) des interprètes, plutôt que de donner à son ouvrage la forme d’une « success story » paradoxale où la surcharge de nullité finit par accoucher d’un triomphe. La séquence du casting, réduite à une suite de vignettes, est un parfait exemple de la manière dont The Disaster Artist retranche son potentiel bizarroïde derrière le tandem Wiseau-Sestero et le récit de leur amitié. C’est d’autant plus dommage que l’acteur James Franco reste tout de même plus doué que le réalisateur : sa composition vise moins la mimesis (ce que confirme d’ailleurs involontairement une séquence finale mettant côte à côte des scènes de The Room et leurs duplicatas) qu’une forme de folie un peu éteinte qui vient renforcer dans une logique de contrepoint les bizarreries du personnage. Peut-être qu’un cinéaste plus doué aurait trouvé les moyens de la mettre davantage en valeur.