Une fiancée pas comme les autres

Une fiancée pas comme les autres

de Craig Gillespie

  • Une fiancée pas comme les autres
  • (Lars and the Real Girl)

  • USA2007
  • Réalisation : Craig Gillespie
  • Scénario : Nancy Oliver
  • Image : Adam Kimmel
  • Montage : Tatiana S. Riegel
  • Musique : David Torn
  • Producteur(s) : Sidney Kimmel, John Cameron, Sarah Aubrey
  • Interprétation : Ryan Gosling (Lars Lindstrom), Emily Mortimer (Karin), Paul Schneider (Gus), R.D. Reid (le révérend Bock), Kelli Garner (Margo)...
  • Date de sortie : 24 décembre 2008
  • Durée : 1h45

Une fiancée pas comme les autres

de Craig Gillespie

Jolie poupée


Jolie poupée

Certains hommes les aiment de cire, d’autres de son. Lars, lui, les préfère en plastique et bouleverse un village amorphe quand il tombe amoureux d’une poupée gonflable. Une fable sensible et singulière sur la tolérance qui aurait néanmoins gagné à moins de psychologisme.

Est-ce dû aux mauvais souvenirs de Bernard Menez chantant « ô, ô, ô, jolie poupée » ou de Monique d’Albert Dupontel , mais le sujet de Une fiancée pas comme les autres avait de quoi rebuter. Dans un petit village du Middlewest, Lars (Ryan Gosling), loup solitaire et vieux garçon, s’invente une grande histoire d’amour avec une poupée gonflable. Tout un programme ! La bonne surprise, c’est que loin d’être une comédie graveleuse et potache, Une fiancée pas comme les autres se montre d’une sobriété confondante, sobriété accentuée par le lieu de tournage tout en étendues enneigées et masses de ciel gris. Craig Gillespie, dont c’est la deuxième réalisation après Mr Woodcock, a en effet su trouver le ton juste notamment en renversant les « rapports de normalité ». Dans les scènes d’exposition, un peu poussives il faut le reconnaître, tout est mis en œuvre pour accentuer l’isolement de Lars. Tel une Bridget Jones au masculin, il ne cesse de croiser des personnages qui le ramènent à son statut de célibataire, que ce soit à la messe, au travail ou encore chez lui. Dans ce matraquage excessif, le spectateur voit alors avec amusement l’entourage de Lars se dérégler. À trop vouloir capter l’attention du jeune homme et à le ramener dans ce qu’ils jugent être une certaine norme, les villageois agissent eux-mêmes avec absurdité. L’exemple le plus drôle est certainement lorsque la belle sœur de Lars se jette sur la voiture de ce dernier pour être sûr de l’arrêter et pouvoir lui parler. Cet effet s’accentue naturellement lorsque Lars, avec un naturel confondant, annonce à son frère qu’il a enfin une fiancée et que cette femme se révèle être une poupée gonflable aux allures de prostituée, mi-danoise, mi-brésilienne. À ce moment, la caméra, en empathie avec son personnage, ne cherche en aucun cas à le stigmatiser et préfère au contraire capter les réactions d’effroi ou d’étonnement de ses proches. On ne rit jamais de Lars qui devient en quelque sorte la nouvelle norme à partir de laquelle l’entourage cherche à s’adapter avec plus ou moins de maladresse. Les réactions des villageois frôlent parfois l’absurde et c’est dans ces petits décrochages que le film parvient à installer sa singularité. Le paroxysme est atteint à la fin lorsque Lars décide de « tuer » sa poupée. Tout le village, profondément et sincèrement touché par la mort de l’une des leurs, se met en deuil et assiste impassible à son enterrement. La pureté et la beauté de la relation entre Lars et sa poupée vient également du traitement de la sexualité. La encore, la question est évoquée par l’intermédiaire de personnages périphériques qui désamorcent ainsi tout jugement de valeur que l’on pourrait porter sur Lars.

Une fiancée pas comme les autres pourrait être un très beau conte de Noël sur la tolérance et la différence. Malheureusement, comme s’il était pris par un besoin de justifier son sujet, le film n’assume pas complètement son statut de fable et cherche à tout prix à donner des explications rationnelles aux fantasmes de Lars. C’est d’autant plus dommage que l’interprétation assez subtile de Ryan Gosling (vu notamment dans Half Nelson) apporte au personnage une ambiguïté qui aurait pu rester ouverte. Croit-il vraiment à son histoire avec la poupée plastique ou bien n’est-elle pas une réponse ironique et consciente à l’empressement des villageois de le voir se marier ? Sa poupée plastique n’est-elle pas simplement une réponse ironique à l’empressement des villageois de le voir se marier ? Plutôt que de laisser en suspens ces questions et de donner à l’histoire une allure de fable sur la tolérance, le scénario cherche laborieusement le psychologique. C’est toute la raison d’être de la relation qui se noue entre Lars et une femme docteur. Au gré de multiples consultations et d’un apprivoisement réciproque, Lars accouche enfin de ses traumatismes : il a une peur maladive d’être touché et il vit encore dans le deuil d’une mère morte en couche, souvenir ravivé par la grossesse actuelle de sa belle sœur. À trop vouloir prendre sens, l’histoire d’amour de Lars perd en sincérité et devient un rite initiatique démonstratif qui permettra au personnage de passer à l’âge adulte et d’accepter l’amour de sa collègue de bureau. Trop appuyé, le dernier quart d’heure où Lars tire un trait sur sa poupée pour mieux s’ouvrir sur sa nouvelle vie vient ajouter maladresses, poncifs et pathos là où le film avait fait preuve jusque-là de subtilité. Un faux pas qui n’empêche pas Une fiancée pas comme les autres de marquer par sa singularité.

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