Comme le montre le premier plan du film, où apparaît l’étage d’un motel glauque dont la profondeur de champ est distordue, l’animation de La Vengeresse est nourrie à la fois par une bizarrerie agressive (on y donne, littéralement et à plusieurs reprises, des coups au spectateur) et de petits détails comiques donnant de l’épaisseur aux traits. Avec ce graphisme en apparence (mais en apparence seulement) sauvage et anarchique, le film, coréalisé par Jim Lujan et le vétéran Bill Plympton, promeut le monstrueux comme norme pour dépeindre un territoire white-trash où règne en maître Face-de-Mort, un catcheur et biker désormais reconverti sénateur. Ce dernier engage quatre chasseurs de primes pour retrouver une mystérieuse jeune fille et l’item qu’elle a lui dérobé. De ce MacGuffin, le film tire moins une véritable intrigue qu’un prétexte pour explorer un territoire peuplé de personnages bigarrés. Corps trop gros, trop musclés, trop sexualisés, bikers dont les bras mal proportionnés semblent épouser les courbes de leurs mécanes, religieux intégristes habillés comme des membres du Klux Klux Klan : La Vengeresse amplifie, plus ou moins subtilement (bonne idée, par exemple : les seuls personnages mexicains sont réduits à l’état de silhouettes indiscernables), les traits les plus grossiers d’une Amérique blanche et représentée ici comme dégénérée. D’aucuns pourront d’ailleurs voir dans la figure de Face-de-Mort un avatar de Donald Trump, interprétation qu’il faut bien entendu prendre avec des pincettes (attention au risque, déjà largement éprouvé depuis quelques mois, de voir dans chaque nouveau film américain un film « sur » l’Amérique du nouveau président) et qui en même temps n’en demeure pas moins inévitable [1]Voire pertinente, à condition d’inverser le postulat : Trump n’est-il pas déjà, au fond, un personnage de cartoon ?.
En circuit fermé
Le projet, alléchant sur le papier, pâtit toutefois d’un récit qui prône le dérèglement comme moteur mais reste pourtant avare en véritables surprises. La Vengeresse butte sur le problème récurrent de ces pastiches qui veulent jouer sur les clichés pour emmener le spectateur sur une autre voie : comment créer le décalage, si tout d’emblée se présente comme intrinsèquement décalé ? Le film, étonnement monocorde, tombe dès lors dans un double piège : 1) n’être qu’une suite de vignettes où chaque figure de cartoon se succède pour participer à la scène qui lui est réservée 2) s’accorder, finalement, aux clichés : il est par exemple plutôt facile de deviner ce que renferme la cassette de Face-de-Mort volée par l’héroïne vengeresse. La révélation de son contenu, qui devrait constituer le point d’orgue de l’entreprise satirique, valide au contraire le sentiment d’assister à un spectacle attendu et superficiellement irrévérencieux.
Notes
| ↑1 | Voire pertinente, à condition d’inverser le postulat : Trump n’est-il pas déjà, au fond, un personnage de cartoon ? |
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