On en serait presque surpris : tiens, il existe en 2024 un film d’horreur qui n’envisage pas le genre comme vaisseau d’une allégorie sociale, mais comme un terreau d’imaginaire et d’effroi ? Qui ne table pas sur une mise en place interminable ? Qui ne se défausse pas lorsque des défis figuratifs se présentent à lui ? Remarqué au dernier Festival de Gérardmer, dont il est reparti avec les prix du public et de la critique, When Evil Lurks s’apparente à un objet anachronique : ni pastiche vintage (la patine 70’s de X), ni fiction lorgnant vers l’elevated horror, le film de Demián Rugna est une série B ramassée (1h30) mais gloutonne, qui fait se rencontrer The Strangers de Na Hong-jin avec le cinéma de Carpenter (en particulier Prince des ténèbres). Gros programme, probablement trop ambitieux pour une production aussi modeste : il y a au fond trois films en un, entre le thriller rural de contamination, le portrait d’une famille cherchant à survivre et une variation sur Le Village des damnés. Mais cet appétit de fiction fait justement l’intérêt du récit, qui démarre pied au plancher et multiplie les nouvelles pistes dès qu’il menace de s’enliser.
Si l’ensemble est parfois un peu approximatif dans sa mise en scène, il ménage suffisamment de fulgurances (cf. la séquence, assez terrifiante, centrée autour d’un chien en apparence inoffensif) pour ne pas minorer ses qualités. Ce qui frappe surtout est la furie et l’intransigeante vélocité dont témoigne le film, qui rappelle la noirceur de certains romans de Stephen King, de Cujo à Désolation. Il faut voir, par exemple, la brutalité avec laquelle Rugna joue avec les nombreux corps enfantins, dont il fait le réceptacle d’une corruption insidieuse : sans sadisme ni volonté d’épater, When Evil Lurks offre alors simplement le spectacle d’un film qui s’amuse à exploiter les potentialités de son scénario, pour emmener les séquences aussi loin qu’il le peut. C’est suffisamment rare pour donner envie d’en voir plus : l’apparition vers laquelle tend le film promet peut-être l’avènement d’un nouveau petit prince des ténèbres du cinéma horrifique. C’est en tout le mal que l’on souhaite à Demián Rugna.