La Gloire du cirque

La Gloire du cirque

de George Stevens

  • La Gloire du cirque
  • (Annie Oakley)

  • États-Unis1935
  • Réalisation : George Stevens
  • Scénario : Joel Sayre, John Twist, sur une histoire de Joseph A. Fields et Ewart Adamson
  • Image : J. Roy Hunt
  • Montage : Jack Hively
  • Musique : Alberto Colombo
  • Producteur(s) : Cliff Reid
  • Production : RKO Radio Pictures
  • Interprétation : Barbara Stanwyck (Annie Oakley), Preston Foster (Toby Walker), Melvyn Douglas (Jeff Hogarth), Moroni Olsen (Buffalo Bill), Pert Kelton (Vera Delmar), Andy Clyde (James MacIvor), Chief Thunderbird (Sitting Bull), Margaret Armstrong (Mme Oakley), Delmar Watson (Wesley Oakley), Adeline Craig (Susan Oakley)
  • Éditeur DVD : éditions Montparnasse, collection RKO
  • Date de sortie DVD : 18 septembre 2007
  • Durée : 1h30

La Gloire du cirque

de George Stevens

La femme est l'avenir de l'homme


La femme est l'avenir de l'homme

Malgré son titre, ce film de George Stevens n’a rien à voir avec ce monde du cirque qu’a dépeint un cinéaste comme Tod Browning. Il est surtout question ici d’un portrait de femme, Annie Oakley, légende de l’Ouest américain parce que reine de la gâchette, qui parvient à s’imposer dans un univers exclusivement masculin. Une œuvre mineure à redécouvrir pour son progressisme et la fraîcheur de Barbara Stanwyck.

De George Stevens, on retient deux chefs d’œuvre : L’Homme des vallées perdues (1953) mais surtout le bouleversant Une place au soleil (1951) dans lequel le réalisateur faisait preuve d’un progressisme étonnant (avortement, peine de mort) tandis que son pays s’enfonçait dans le maccarthysme le plus primaire. Ce maître du classicisme (qu’on a parfois qualifié d’académique) ne pouvait donc que se passionner pour cette biographie romancée d’Annie Oakley qui, à la fin du XIXe siècle, était devenue une véritable légende dans l’Ouest américain en maniant la gâchette comme personne. Si le parcours de cette femme avait toutes les raisons d’inspirer les producteurs d’Hollywood dans la mesure où il répondait d’une certaine manière à l’idéal américain de la réussite individuelle, cette Gloire du cirque est surtout un beau prétexte à dresser le portrait d’une femme déterminée évoluant dans un monde ségrégationniste exclusivement régi par les hommes blancs.

Annie Oakley (interprétée par la toute jeune Barbara Stanwyck) décide d’affronter le champion de tir Toby Walker (Preston Foster) lors d’une compétition locale. D’abord moquée parce qu’elle est une femme, Annie relève brillamment le défi avant de saboter elle-même sa chance de remporter le titre pour ne pas humilier son adversaire. Cependant, son admirable performance lui vaut la reconnaissance de ses pairs, mais surtout celle de Jeff Hogarth (Melvyn Douglas), bien décidé à lui ouvrir les portes des cirques les plus réputés. L’ascension d’Annie est fulgurante au point d’assurer un numéro avec Toby (devenu entre temps son amant) aux quatre coins des États-Unis. Dans un contexte aussi machiste (on retiendra notamment la scène où un groupe d’homme rappelle à une femme qu’elle n’a pas sa place dans un saloon), le sacre d’une femme maniant une arme au symbole phallique évident n’est pas innocent. Cet aspect, George Stevens l’a bien saisi au point d’attacher un soin particulier à mettre sur un pied d’égalité Annie et Toby. Mais le pessimisme de Stevens – qui éclatera dans un film comme dans Une place au soleil où l’exclusion et la lutte des classes se font plus violentes que jamais – reprend vite le dessus. Si Annie – et par extension la femme – est sur ce terrain bien spécifique mise au même niveau que l’homme, un Indien qui participe au spectacle est quant à lui victime d’une attaque raciste au cours de laquelle Toby intervient. Frappé au visage, sa vue s’affaiblit et il met en péril la vie de sa partenaire lors d’un numéro on ne peut plus risqué.

Se dessine alors une autre trajectoire pour le film : celle d’un couple où l’un connaît une ascension fulgurante (Annie) tandis que l’autre (Toby), d’abord au sommet, décline au risque de disparaître complètement. Sans atteindre la noirceur d’un film comme Une étoile est née qui fonctionne sur le même canevas, le bien mal nommé La Gloire du cirque fait preuve d’une étonnante justesse dans ce questionnement sur la réussite, la célébrité et la place des femmes. George Stevens, un précurseur du féminisme ? En tous les cas auteur d’une œuvre rare qui, sans atteindre la beauté de certains chefs d’œuvre, reste plus qu’une curiosité à redécouvrir.

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