In the Family de Patrick Wang | © E.D. Distribution
23e Journées cinématographiques

23e Journées cinématographiques

de Patrick Wang, Pierre-Edouard Dumora, Mike Maryniuk

  • 23e Journées cinématographiques

  • Lieu : Cinéma L'Écran de Saint-Denis
  • Date : Du 2 au 11 février 2023

23e Journées cinématographiques

de Patrick Wang, Pierre-Edouard Dumora, Mike Maryniuk

Venus d'ailleurs


Venus d'ailleurs

Ce compte rendu a été réalisé à partir de différentes notules écrites par les étudiants en L3 Arts du spectacle de l’Université Paris Nanterre, dans le cadre du TD « Pratique de la critique » dispensé par Chloé Cavillier, membre de la rédaction.  

Du 2 au 11 février se déroulaient à Saint-Denis les 23e Journées cinématographiques, consacrées cette année aux « regards satellites » : en mettant la marge au centre, le festival permettait d’arpenter de nouveaux horizons cinématographiques. L’édition aura ainsi permis la (re)découverte de Patrick Wang et en particulier de In the Family (2011), dans lequel Joey se bat pour récupérer la garde de son fils adoptif Chip après le décès de son conjoint Cody. Le foyer chaleureux des débuts se refroidit peu à peu, la mort cédant la place à un quotidien solitaire et silencieux : le protagoniste se retrouve régulièrement seul au milieu de chaises vides, que ce soit à l’hôpital ou après un dîner entre amis, comme s’il manquait toujours quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Le récit oscille alors entre la solitude éprouvée face à la perte d’un être cher et sa mise à l’écart, par l’entremise d’une belle-famille qui prend des décisions sans le consulter ou du regard déshumanisant d’un avocat. Le personnage se situe d’ailleurs régulièrement au bord du cadre comme dans la scène de l’hôpital où, lorsqu’on lui empêche de rendre visite à son conjoint, il est filmé en légère contre-plongée à travers les barreaux d’une fenêtre accentuant son isolement. Le protagoniste apparaît alors souvent de dos, donnant à imaginer et peut-être à ressentir davantage les émotions qu’il est impossible de distinguer. La caméra fait office de témoin et respecte l’intimité des personnages à l’image de cette scène où, n’osant déranger l’enfant en pleine écoute d’un enregistrement envoyé par Joey, elle reste au seuil de sa chambre.

Le festival s’intéressait aussi à des marges géographiques, s’aventurant dans des territoires peu explorés par le cinéma, à l’instar de la périphérie parisienne capturée par Pierre-Édouard Dumora dans Le Transformateur. En filmant sa marche du 16e arrondissement de Paris jusqu’au transformateur électrique de Clichy-sous-Bois, où Zyed Benna et Bouna Traoré ont trouvé la mort alors qu’ils tentaient d’échapper à la police, le réalisateur accomplit une véritable performance. Avec sa caméra subjective, le film réussit à nous immerger pleinement dans l’épisode tragique qui a précipité les émeutes de 2005. Un focus était également consacré à Winnipeg, ville isolée du Canada et berceau du réalisateur Guy Maddin. Cet important vivier cinématographique se distingue notamment par son attrait pour l’expérimentation, à l’œuvre dans The Goose de Mike Maryniuk où un jeune homme muet tente de fuir sa ville à la recherche de sa voix. Au-delà de Winnipeg et de ses étranges habitants, le film explore un mélange inhabituel de techniques d’animation et d’effets psychédéliques, articulant de manière aussi inventive que déroutante marges sociales et formelles.

Avec la contribution de : Fiona Bazarello, Héloïse Brun, Katy Capela, Antoine Delalande, Éline Escande de Messieres, Barbara Gény, Idriss Laïdouni, Jade Lavergne, Carlotta Sevestre, Théodore Splenger, Paul Surée, Antonin Vicedo

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