Benjamin de la compétition, Saeed Roustaee n’est ceci dit plus un « espoir » : trois films en l’espace de quatre ans l’ont solidement installé dans le paysage du cinéma iranien et mondial. Cette productivité n’est pourtant pas le gage d’une montée en puissance : si La Loi de Téhéran était un film inégal, il promettait davantage que Leïla et ses frères, qui lui-même présentait davantage d’intérêt que Woman and Child. Si le récit est encore habité d’une volonté de prendre son temps – Roustaee met près d’une heure à planter les graines de son drame –, cette histoire d’infirmière confrontée à une série de catastrophes qu’on ne détaillera pas (un drame familial et une cascade de trahisons) consiste à mettre en place un piège narratif où la mater dolorosa se retrouvera prise en étau. La mise en scène accompagne dans un premier temps la logique dramaturgique, entre la stratification des interactions (la plongée sur la cour intérieure de l’appartement central, pour voir le fils de l’héroïne dévaler les étages) et la montée d’une tension (un portail filmé de haut, contre lequel s’agglutinent des enfants). On remarquera dans ces deux exemples que le cinéaste prend une certaine hauteur, sans doute pour instiller le sentiment d’un fatum, mais il serait aussi possible d’assimiler ce regard à un surplomb. La foudre qui s’abat sur les personnages-victimes est après tout de son fait.
À partir du moment où le film bascule, difficile de voir autre chose que l’engrenage se refermant centimètre par centimètre, avec des relances dramaturgiques tous les quarts d’heure pour enfoncer l’héroïne un peu davantage. Seule une poignée de champs-contrechamps plutôt beaux, articulés autour du regard d’une petite fille désarmant la dégueulasserie d’un adulte, émerge de cette deuxième partie qui avance comme un rouleau compresseur. Qui est écrasé ? L’infirmière, évidemment, mais aussi le spectateur, assommé par cette manière effrénée de forcer l’empathie.