Accueil > Actualité ciné > Critique > En secret mardi 7 février 2012

Critique En secret

Les minettes persanes, par Arnaud Hée

En secret

Circumstance

réalisé par Maryam Keshavarz

En secret, ou comment un film réalisé par une Américano-Iranienne et tourné au Liban rend bien malgré lui un vibrant hommage à la subtilité, la nécessité rageuse et la valeur du cinéma iranien.

Entre les œuvres percutantes de Jafar Panahi (Ceci n’est pas un film et Le Miroir), le succès d’Une séparation d’Asghar Fahradi [1], la singularité de The Hunter de Rafi Pitts ou de Mainline de Rakhshan Bani-Etemad et Mohsen Abdolvahab (réalisé en 2006), plus encore dans les conditions que l’on connaît, l’année 2011 du cinéma iranien fut exceptionnelle. Il se trouve que 2012 commence sous des auspices moins avantageux ; domine l’idée d’une déclinaison et d’un recyclage d’une sorte de franchise par le biais de films énoncés en dehors d’Iran – ce qui ne peut être évidemment reproché. Le Printemps de Téhéran – l’histoire d’une révolution 2.0 d’Ali Samadi Ahadi témoignait de cette tendance qu’En secret vient pour le moins renforcer.

Atefeh et Shirin sont les meilleures amies du monde et entendent profiter de leur jeunesse : elles tombent le voile dès que possible, dansent dans des soirées branchées, boivent de la vodka cul sec, séduisent des mecs. Et de temps à autre, cette amitié prend une dimension amoureuse : on se caresse tendrement. Précisons qu’elles sont belles comme des cœurs, même si Atefeh gâche quelque peu ce côté gracieux en maintenant ses lèvres dans la position dite en « cul-de-poule » – à tel point qu’on en vient à se demander s’il ne s’agit pas là d’un étonnant choix de direction d’actrice… Passons. Elles rêvent d’étranger, notamment de concourir à l’Asiavision, déclinaison asiatique d’une des plus fameuses réalisations européennes. Pendant ce temps, Mehran, le frère d’Atefeh, prend de la drogue, mais prépare un sévère coming out conservateur en se faisant bon croyant et, tant qu’à faire, bassidji (milicien civil du régime) ; ce qui sied mal à une famille bourgeoise raffinée et lettrée. Au cours du film, Shirin, originaire d’un milieu plus modeste et traditionnel, et Mehran se rapprochent, à tel point que le tout se termine en mariage. Ce qui ne manque pas de mettre à mal la profonde amitié entre les deux héroïnes.

Tant rien ne va dans Un secret qu’on ne sait trop par où prendre la chose. Chaque intention débouche sur une sorte de surenchère, par exemple l’affirmation de la sensualité féminine aboutit à des séquences dignes d’un porno soft et chic – par ailleurs, on ne s’étendra pas sur la scène où un chauffeur de taxi est pris en flagrant délit de podophilie. La réalisation se trouve constamment empesée d’invraisemblables chichis (ralentis, décollement image-son, jeux de lumière, etc.) redoublés d’épaisses couches musicales. Et dans cette insistance à vouloir montrer que la jeunesse iranienne est une jeunesse comme les autres, on en vient à penser que Maryam Keshavarz n’en est pas tout à fait convaincue. Pour le dire simplement, En secret se confond avec une bouillie de world cinema des plus indigestes.

Notes

[1Film qui a divisé notre rédaction comme en témoigne l’article de Guillaume Morel

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