Gone Baby Gone
Gone Baby Gone
    • Gone Baby Gone
    • États-Unis
    •  - 
    • 2007
  • Réalisation : Ben Affleck
  • Scénario : Ben Affleck, Aaron Stockard
  • d'après : le roman Gone Baby Gone
  • de : Dennis Lehane
  • Image : John Toll
  • Montage : William Goldenberg
  • Musique : Harry Gregson-Williams
  • Producteur(s) : Alan Ladd Jr, Dan Rissner, Sean Bailey
  • Interprétation : Casey Affleck (Patrick Kenzie), Michelle Monaghan (Angie Gennaro), Morgan Freeman (Jack Doyle), Ed Harris (Remy Bressant)...
  • Date de sortie : 26 décembre 2007
  • Durée : 1h55
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Gone Baby Gone

réalisé par Ben Affleck

Boston, d’apparence calme, a droit depuis peu à un traitement cinématographique particulier où gangsters, pédophiles et autres flics désemparés ont balayé l’idée d’une ville d’intellectuels et d’universitaires. Gonflé par le succès des Infiltrés, Ben Affleck suit les traces de Martin Scorsese mais aussi de Clint Eastwood, et ce, pour des raisons apparentes : le passage à la réalisation après une carrière d’acteur bien entamée et surtout le choix d’adapter un autre best-seller de Dennis Lehane (l’auteur de Mystic River).

Ben Affleck nous restitue les quartiers pauvres de Boston, ses gueules meurtries et son odeur de souffre, et par moments c’est presque un freak-show de la communauté irlandaise qui nous est délivré. Si le « lumpenprolétariat » fascine visuellement le jeune réalisateur, ce premier film ne se limite certainement pas à cela. Avec cette histoire d’enfant kidnappé, Ben Affleck semble avoir trouvé un sujet propice à une réflexion sur le film noir. Le détective privé Patrick Kenzie (Casey Affleck) et sa compagne sont chargés de retrouver Amanda, une enfant dont la mère est alcoolique. Sens du pathos convenu et investigations policières infernales font de Gone Baby Gone un film qui navigue entre plusieurs styles. De l’introduction lourde (voix-off pesante) au dénouement moralement ambigu, on peut se demander quelle direction prend la mise en scène.

La ville agit ici comme une deuxième enveloppe pour l’enfant, l’enferme sans qu’il ne s’en aperçoive. Puisque le récit établit un dilemme entre bonheur rural (auquel Patrick Kenzie ne croit absolument pas) et déterminisme social/urbain, l’un rend l’autre faussé, désincarné. La ville a pris une place dominante dans le rapport à l’éducation : rues transformées en terrain de jeu et langage codé conditionnent l’enfant en brouillant les repères naturels. Du coup, la volonté finale de Kenzie parait plus juste et proche d’une vision réaliste, une fois l’enfant retrouvé. Il suffit de lire dans le dernier plan, l’inquiétante tranquillité de Patrick Kenzie devant la petite Amanda qui regarde la télé : la ritournelle médiatique n’a eu aucun effet jubilatoire sur elle, juste l’impression d’un va-et-vient épuisant entre le corps et l’écran.

Résonances autobiographiques ? Les frères Affleck ont réussi en tout cas à évoquer leurs origines (grandir dans un milieu modeste du Massachusetts) tout en se souciant de l’establishment, déjà prédisposé à féliciter le projet. C’est déjà beaucoup pour une première tentative, en témoignent les résultats au box-office américain. Reste encore à Ben à trouver une facture solide pour exprimer ses tendances auteuristes.