Accueil > Actualité ciné > Critique > L’Étrange Petit Chat mardi 1er avril 2014

Critique L'Étrange Petit Chat

Musique de chambre, par Julien Marsa

L’Étrange Petit Chat

Das merkwürdige Kätzchen

réalisé par Ramon Zürcher

L’Étrange Petit Chat est placé sous le sceau du domestique, et propose de suivre une journée typique de week-end (un samedi) d’une famille allemande. Le film se déroule en grande partie dans l’appartement de la famille, et notamment dans la cuisine, lieu d’échanges et de circulation, pour orchestrer une petite mélodie du quotidien.

L’Étrange Petit Chat procède d’une écriture par petites touches, s’attachant particulièrement aux détails qui ponctuent la vie d’une famille dans un intérieur clos (un verre qui tombe et se brise, le regard perdu du chien), tous ces épiphénomènes qui fondent la vivacité de notre monde et que l’on finit, par habitude, par ne plus voir. Le film porte donc un regard neuf et attentif, et laisse souvent l’action hors champ pour s’attacher à sa périphérie, à-côté essentiel qui cimente notre réalité, en usant du plan fixe avec une grande maîtrise. Ainsi, le centre de l’action ne sont bien souvent pas les personnages mais un objet, point de fixation autour duquel les personnages gravitent. Cette petite musique est appuyée par la bande-son, qui charrie régulièrement le même morceau tourbillonnant, perçant le récit d’un romanesque de l’ordinaire assez touchant.

Chorégraphie du quotidien

La promiscuité de cet appartement donne ainsi lieu au récit de petites anecdotes entre les personnages, qui offrent de charmantes bouffées d’air dans la narration, et donnent l’occasion de sortir de cet espace clos. L’Étrange Petit Chat est un film bien rôdé, une jolie petite mécanique qui pourrait virer à l’exercice de style un peu vain, s’il n’avait pas la grande sagesse d’accueillir en son sein toute une ribambelle d’animaux, qui provoquent d’heureux accidents et empêchent le tout de se figer dans une posture rigide. Et chemin faisant, L’Étrange Petit Chat, sans faire appel à un récit signifiant, dresse le portrait d’une famille de la classe moyenne allemande, orchestrant avec brio leur circulation en une chorégraphie du quotidien qui se teinte d’une certaine désillusion du présent. Le jeu très nuancé et minimaliste des acteurs permet de projeter en eux des sentiments divers et variables, au gré des humeurs de chacun, et laisse augurer d’un certain malaise de classe qui semble étouffé par la force du quotidien, et surgit grâce à d’infimes variations. C’est alors que le récit d’une journée comme une autre se charge d’une certaine mélancolie face à ce temps qui nous échappe sans que l’on s’en aperçoive, et que le film recueille avec une attention et une douceur qui rendent importants chaque petit moment.

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