Accueil > Actualité ciné > Critique > Terminator Renaissance mardi 2 juin 2009

Critique Terminator Renaissance

I’ll be back, par Nicolas Journet

Terminator Renaissance

Terminator Salvation

réalisé par McG

En 2018, après l’apocalypse qui a vu s’affronter hommes et robots, John Connor est devenu le héros de la résistance humaine contre Skynet et son armée de Terminators. Alors qu’une nouvelle arme anti-robots est censée mettre fin à la guerre, un personnage mystérieux fait son apparition, Marcus Wright. Ami ou ennemi ? John Connor devra trancher, tout en protégeant Kyle Reese, la clef de sa naissance.

Il est des films qui marquent l’enfance. Il est sûr que les deux premiers épisodes de la série des Terminator font partie de ceux-là. De ceux qui impriment de manière définitive les rétines juvéniles. Les films de James Cameron avaient pour premier grand mérite d’évoquer une apocalypse qu’ils ne montraient que par des trips fantasmatiques. Comment se sortir de l’esprit ces images morbides au possible où des machines déchaînées écrasaient des crânes humains et pourchassaient les rares survivants de notre chère espèce dans les entrailles d’une Terre ravagée ? Comment oublier Sarah Connor qui dans un cauchemar rouge sang se voit faucher par une explosion atomique alors qu’elle joue à la balançoire avec son fils ?

En prenant la relève, Jonathan Mostow avait eu le bon goût de ne pas toucher à ce présupposé qui faisait du futur une menace d’autant plus inquiétante que sa mise hors champ obligeait le spectateur à le rêver par lui-même. Pour produire un quatrième épisode, Columbia Pictures s’est vu contraint de transgresser cet interdit narratif. Mal leur en a pris. La vision de ce triste avenir ne glace pas vraiment d’effroi, bien moins que ne l’avait fait sa possible survenue. Les différents robots présentés n’ont pas la beauté froide et magnétique des T-800 et T-1000 des précédents films. Les décors font plus penser à un téléfilm fauché de M6 qu’à une superproduction internationale. Et la photographie grisâtre ressemble à peu de chose près au catastrophique travail de Robert Fraisse pour le Stalingrad de Jean-Jacques Annaud.

Jamais Terminator Renaissance n’arrive à créer une image propre. Le film se situe toujours dans la pâle copie de films S-F récents : Matrix, avec le sous-marin contenant l’état-major de la Résistance, La Guerre des mondes avec le gigantesque Harvester chargé de récupérer les humains survivants, Independence Day avec les avions de chasse poursuivant un vaisseau ennemi dans un canyon… Bref, alors que la série des Terminator se situait sous l’ère Cameron à la pointe de la S-F, la sage se retrouve désormais à la traîne. Pour preuve, Terminator Renaissance se complaît à multiples reprises dans l’autoréférence : le « I’ll be back » lâché par un Christian Bale plus atone que jamais, le thème original de Brad Fiedel… Le gimmick de répétition pour masquer une imagination en berne. La mélancolie pour contrer le vide d’une suite inutile.

Le plus décevant peut-être est que le film de McG ne tire à aucun moment profit d’une des dramaturgies les plus riches que la S-F ait pu proposer. L’histoire de ce père qui envoie son fils dans le passé pour lui donner naissance est digne d’Eschyle ou de Sophocle. Pourtant, le scénario signé par John Brancato et Michael Ferris – déjà auteurs de Terminator 3 – échoue à susciter la moindre émotion. Les personnages sont des archétypes sans cœur ni âme dont le destin indiffère. Les histoires d’amour sont anecdotiques, alors que celle du premier épisode était bouleversante. Les séquences s’enchaînent sans souffle. Rien qui accroche. Rien qui saisit les tripes. Si ce n’est peut-être lorsque l’identité hybride du nouveau venu Marcus Wright (alias le marmoréen Sam Worthington) est révélée. Son humanité violée émeut une petite seconde avant que le film ne reprenne sa course aussi folle que vaine.

Après Terminator Renaissance, deux autres longs métrages sont prévus. L’envie trop visible de lancer une nouvelle trilogie à la manière de Star Wars. À moins d’un miracle, ces films ne seront eux aussi que des produits d’appel à jeux vidéo. Seul un véritable auteur avec un point de vue fort pourrait relancer la franchise, surtout pas McG, faiseur de seconde zone, dont le succès de Charlie et ses drôles de dames a fait largement illusion sur ses qualités de cinéaste. En fait, il y a fort à parier que la série des Terminator ne se remette pas de l’absence de son interprète mythique, Arnold Schwarzenegger. Son corps bodybuildé était la parfaite incarnation d’une humanité qui se rêve parfois machine pour mieux se redécouvrir sensible et impure.

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