© Nour Films
Psychomagie, un art pour guérir

Psychomagie, un art pour guérir

de Alejandro Jodorowsky

  • Psychomagie, un art pour guérir

  • France2019
  • Réalisation : Alejandro Jodorowsky
  • Image : Pascale Montandon-Jodorowsky
  • Son : Quentin Romanet
  • Musique : Adan Jodorowsky
  • Producteur(s) : Xavier Guerrero Yamamoto
  • Production : Satori Films
  • Distributeur : Nour Films
  • Date de sortie : 2 octobre 2019
  • Durée : 1h44

Psychomagie, un art pour guérir

de Alejandro Jodorowsky

La brochure


La brochure

Psychomagie, un art pour guérir s’ouvre sur l’arrivée à l’image d’Alejandro Jodorowsky. Dans une cour parisienne, le facétieux réalisateur se présente comme l’égal de Freud en comparant la naissance de la psychanalyse et celle de la psychomagie. Reste que Jodorowsky tient à distinguer les deux disciplines : là où la psychanalyse freudienne s’arrêterait à l’analyse des symptômes, la psychomagie de Jodorowsky viendrait y ajouter une mise en pratique d’actes et de gestes aux vertus curatrices et thérapeutiques. Le cinéaste franco-chilien s’exhibe ici en guérisseur mystique, n’hésitant pas à souligner son hostilité à l’égard du Verbe auquel il préfère des expériences physiques et organiques. Une multitude de patients en extrême souffrance défile ainsi dans ce documentaire qui s’attèle à dévoiler les bienfaits de la pratique : un homme bègue dénué de confiance en lui, à deux doigts de craquer, un autre homme malmené par un père cruel, une jeune femme qui entretient une relation houleuse avec sa mère qui ne l’a pas désirée, etc. Chaque cas bénéficie alors d’un traitement psychomagique sur mesure, dont l’exercice laisse d’ailleurs transparaître le legs éminemment freudien (une discussion psychanalytique précède systématiquement l’expérience pratique). L’homme bègue, infantilisé au quotidien, se déguise en enfant et part fanfaronner à Disneyland avant de reconquérir sa virilité au cours d’une cérémonie délirante où Jodorowsky empoigne ses testicules. L’homme brisé par son père se voit quant à lui enterré vivant, recouvert par des morceaux de viande que des vautours viennent dévorer, puis retrouve ses mouvements pour laisser s’envoler une photo de son paternel accrochée à un ballon. La jeune femme, enfant non-désiré, rejoue de son côté un accouchement pour mieux renouer avec sa procréation. Ces séances sont suivies de témoignages élogieux : le premier ne bégaie plus à la fin de la séance, le deuxième comprend que la vie parisienne ne lui convient finalement pas, et la troisième apparaît enceinte quelques mois plus tard. Ces séquences, qui prennent la forme d’un avant/après, n’ont alors rien à envier aux clips publicitaires qui vantent l’efficacité d’un produit à l’aide de témoignages promouvant l’authenticité du traitement. Psychomagie se révèle être un tract profondément paradoxal, prétendant imposer par l’image une discipline dont l’efficacité et les fondements, pourtant, ne peuvent être supposément compris qu’au terme d’une expérience physique.

Sous le vernis d’un documentaire pédagogique en faveur de cette thérapie new age se cache par ailleurs l’auto-célébration d’un cinéaste qui ne peut s’empêcher de rattacher sa méthode ou la situation de ses patients à sa filmographie. Ainsi, de nombreux extraits de ses films (tous présents, jusqu’au renié Tusk) viennent maladroitement s’insérer au montage, jusqu’à accoucher de raccords absurdes comme celui qui rattache la détresse d’une vieille dame à un plan très court de La Montagne sacrée où s’agglutinent des personnes âgées, ou un autre qui relie un coming-out collectif à une brève séquence où le hors-la-loi d’El Topo est pris au piège au fond d’un puits asséché. Qu’elles aient ou non un rapport direct avec les expériences menées, ces différentes analogies tentent de réduire la psychomagie à une application littérale de préceptes distillés à travers l’ensemble des films du cinéaste. De là à considérer rétrospectivement l’œuvre de Jodorowsky comme une brochure ésotérique un brin autocentrée, il n’y a qu’un pas que le cinéaste semble lui-même franchir.

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