Après les films de Clouzot et de Friedkin, Julien Leclerc propose sur Netflix sa propre adaptation du roman de Georges Arnaud : un convoi routier transporte sur des centaines de kilomètres des litres de nitroglycérine pour aller éteindre un puits de pétrole embrasé. Si la trame reste donc la même, le film déplace néanmoins l’enjeu vers la traque du convoi par des pirates, transformant de facto le lent périple attendu en un actionner pur et dur. Exit la tension suscitée par la nitroglycérine elle-même : ici, les camions tracent une route en ligne droite, et si quelques rares obstacles ralentissent les personnages, ce n’est que pour mieux réduire la distance avec leurs assaillants. Ce choix de privilégier les fusillades aux problèmes pratiques faisant le sel des films de Clouzot et de Friedkin pourrait au fond se justifier, s’il n’était toutefois pas desservi par la mise en scène faussement musclée de Julien Leclerc.
Le recours systématique à la caméra-épaule pour cadrer les affrontements, de même que l’usage tout aussi automatique de plans de drone pour suivre les camions pris en chasse, cadenassent l’action et l’emprisonnent dans une forme standardisée. Le spectacle testostéroné promis par cette nouvelle mouture se retrouve tué dans l’œuf. Mais ce qui agace peut-être le plus dans ce faux-remake reste la promotion d’un virilisme forcené : toutes les figures masculines semblent porter le poids du monde sur leurs épaules bodybuildées (Franck Gastambide notamment, en simili Jason Statham). Pendant ce temps, bien sûr, Ana Girardot n’en finit pas de pleurer.