© Bocalupo Films
Promised Spaces

Promised Spaces

de Ivan Markovic

Promised Spaces

de Ivan Markovic

D'autres promesses


D'autres promesses

Promised Spaces repose sur une intrigue simple, divisée en deux parties : nous suivons d’abord les ouvriers d’un complexe de luxe qui promet confort et cadre naturel dans une zone périphérique du Cambodge, puis l’installation de Seda, sa première habitante. Rapidement, tout se détraque : les constructions prennent l’eau à la suite d’une violente averse, les ouvriers prennent le large, une brasse s’improvise sur la piscine d’un toit, etc. Ce dérèglement avait déjà été annoncé, plus discrètement, par les mouvements erratiques des ouvriers, tous insomniaques : errant sur le chantier et s’y endormant ici et là, leurs déplacements et leurs discussions instauraient d’emblée une atmosphère légèrement absurde.

La rigueur des cadres, loin de brider le film, favorise une certaine tension qui rend incertaine l’issue des situations plus qu’elle n’enferme les personnages. C’est particulièrement le cas dans la seconde partie, qui se concentre sur les relations interpersonnelles. Mais ce sont également les tensions propres aux rapports de classe qui se résolvent de façon inattendue : Seda est mise en difficulté par le comportement erratique du personnel, plus démissionnaire que conflictuel. L’une des belles trouvailles du film repose sur la circulation des corps et des fonctions : les ouvriers identifiés dans le premier temps du film réapparaissent une fois l’immeuble achevé ; ils habitent les lieux plus qu’ils n’y travaillent. On retrouve ainsi un couple d’amoureux enlacés à l’identique dans un dortoir de chantier ou dans l’improbable cagibi d’un électricien.

Jouant sur l’ambiguïté de la formule commerciale (une pancarte publicitaire promet la combinaison du confort de la ville et du calme de la nature), le film nous permet d’envisager une autre appropriation de ces ensembles architecturaux. En produisant des images incongrues, des plans hybrides mêlant nature et construction – des vaches dans un chantier, une piscine sur un immeuble inachevé – Promised Spaces les convertit en un théâtre de bifurcations, où les espaces s’inventent à mesure qu’on y progresse, comme dans un jeu.

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