Vendetta Romana

Vendetta Romana

de Marco Martani

  • Vendetta Romana
  • (Cemento Armato)

  • Italie2007
  • Réalisation : Marco Martani
  • Scénario : Fausto Brizzi, Marco Martani, Luca Poldelmengo
  • Image : Marcello Montarsi
  • Montage : Luciana Pandolfelli
  • Musique : Paolo Buonvino
  • Producteur(s) : Federica Lucisano, Fulvio Lucisano
  • Interprétation : Nicolas Vaporidis (Diego Santini), Giorgio Faletti (Franco Zorzi dit « Il Primario »), Carolina Crescentini (Asia), Pietro Ragusa (Tanabuso)...
  • Éditeur DVD : Opening
  • Date de sortie DVD : 4 février 2009
  • Durée : 1h39

Vendetta Romana

de Marco Martani

Polar all'italiana : la tentation du mélodrame


Polar all'italiana : la tentation du mélodrame

Si vous n’étiez pas en Italie lors de la sortie de Cemento Armato (Vendetta Romana), il y a peu de chances pour que vous ayez beaucoup entendu parler du film, encore moins pour que vous l’ayez vu. Nouvelle victime de la très faible distribution du cinéma italien en France, le premier long métrage de Marco Martani avait pourtant beaucoup fait parler de lui en Italie, divisé la critique italienne et suscité les regrets de Marco Muller, directeur du festival de Venise qui aurait souhaité que le film soit fini pour être présenté à la 64ème édition du prestigieux raout cinématographique. Votre seule chance de rattraper ce retard sera de sauter sur l’édition Opening du film, rebaptisé… en italien pour les écrans français : Vendetta Romana. Un titre qui mise à l’évidence sur les implications nécessairement mafieuses de toute « vengeance romaine » dans un cadre cinématographique… Le film a suscité d’innombrables comparaisons avec Tarantino, Scorsese, De Palma : l’auteur de cet article est loin d’être convaincu de la légitimité de cet emballement, mais le DVD laisse à chacun la possibilité de se faire une idée sur un film nominé trois fois aux David di Donatello.

Marco Martani, réalisateur, et son co-scénariste, Fausto Brizzi sont avant tout connus en Italie pour Notte Prima degli Esami, une comédie au succès phénoménal, sortie en 2007 et réitérée dans un bis intituté Notte Prima degli Esami — Oggi. Fauto Brizzi y était réalisateur et Marco Martani co-scénariste : les rôles se sont inversés en passant de la comédie au thriller, et les acteurs principaux, Nicolas Vaporidis et Giorgio Faletti, ont été conservés. Après tout ils avaient fait leur preuve. La petite équipe aurait peut-être dû rester dans le giron de la comédie.

L’idée du film est prometteuse : Diego (Nicolas Vaporidis) est un petit voyou, un peu voleur et pas très travailleur, mais cela ne prête pas vraiment à conséquence. D’autant moins que l’amour, en la personne de la sensuelle Asia (Carolina Crescentini), semble déjà transformer notre homme. Mais Diego est aussi un peu impulsif, et quand les embouteillages empêchent sa mobylette d’avancer, il aime bien dégommer quelques rétroviseurs. Mais cette fois, cela risque bien de prêter à conséquence : on ne s’attaque pas impunément au rétroviseur d’Il Primario (Giorgio Faletti), chef mafieux mégalomane, qui décide de lui briser les jambes. La chasse à l’homme est lancée. Ce n’est donc pas par vengeance qu’ll Primario viole Asia le soir de cette histoire de rétros : il ignore l’identité de la belle dont le décolleté plongeant lui a semblé une invitation. Pur hasard. Mais le geste prêtera lui aussi à conséquence : Diego vengera sa dulcinée, coûte que coûte. La chasse à l’homme est lancée. Ce chassé-croisé de vengeances tient du jeu du chat et de la souris, et enferme les deux protagonistes dans une spirale infernale non dénuée d’ironie, la partie de cache-cache se trouvant dans le finale plus motivée que le concours de circonstances initial ne le présageait.

Mais le suspense n’est pas si haletant qu’on pourrait l’espérer. Le scénario débite à la hache une action qui aurait pu être complexe, et ce qui aurait dû être une mécanique infernale et inéluctable n’est qu’un enchaînement le plus souvent gratuit. De ce point de vue, les interventions du flic ripoux et du flic intègre sont motivées par d’énormes ficelles, et Marco Martani ne parvient pas à tirer la moindre dramatisation de l’escalade de la violence et de l’entremêlement des actions menées par Il Primario et Diego d’une part, la police corrompue et la police intègre de l’autre. C’est à la fin du film que ces défauts deviennent les plus évidents, et que le scénario révèle son inconsistance. Attention, ne lisez pas la suite si vous n’avez pas vu le film… Diego tient au bout de son revolver le violeur de sa petite amie, le tortionnaire de son père adoptif, l’assassin de son ami et de sa mère. Pour parvenir jusqu’à lui, il a tué sans hésiter. Mais voici que la police arrive, et Diego, après une brève et peu crédible hésitation, accepte de jeter son revolver à l’eau et de s’en remettre à la police. Passons sur les détails : le flic est le ripoux, mais heureusement le flic intègre surgit, pour un nouveau retournement de situation. Entre-temps, Diego comprend qu’Il Primo est aussi l’assassin de son père, dont la disparition non expliquée douze auparavant était à l’origine de la détresse de ce fils qui s’était cru abandonné. Voilà, il fallait juste cette horreur supplémentaire pour que Diego reprenne en main la vengeance dont il venait, après une course-poursuite désespérée d’une heure trente, de confier docilement le soin à la police. Jusque-là le film avait su tenir le pathos à distance, et esquisser sans trop de pesanteur cette faille fondamentale du personnage – l’abandon du père : mais c’était pour plonger plus sûrement dans le mélo à la fin du film. Passons sur les dernières scènes, la fleur offerte par Diego qui se fane à l’instant de sa mort, les souvenirs d’Asia sur fond de musique lancinante et d’éclats de rire, leur complicité passée et leurs projets d’avoir des enfants. Dans les dix dernières minutes du film, le mélodrame latent au cœur du thriller explose au visage du spectateur, qui côtoie l’écœurement.

Alors de là à parler de Scorsese, De Palma, Tarantino, il y a loin. Dans le détail, qui cherche la filiation la trouve. Sans trop de mal, d’ailleurs : la filiation est tout aussi explicitement revendiquée que dans ces scènes magnifiques où Marco et Ciro jouent à Scarface dans Gomorra. « Je suis Tony Montana ! » criait l’un d’eux. Ici aussi, nous avons deux jeunes pseudo-caïds qui se croient de taille à fricoter avec la mafia et à faire comme les vrais, ou comme dans les films. Un grand poster de Scarface est accroché au mur de la chambre où on les voit fumer du shit, une minette sur les genoux. La scène est savoureuse, il est vrai, surtout quand arrivent les vrais mafieux, qui ont vite de transformer le jeu en tragédie bien réelle. Mais plus que les personnages, c’est le film tout entier, en réalité, qui veut jouer dans la cour des grands : Asia a un petit côté Mia Wallace, et les badinages en plein crime d’Il Primario et de son acolyte noir Saïd (Thamisanga Molepo) rappellent ceux de Jules Winnfield (Samuel L. Jackson) et Vincent Vega (John Travolta) dans Pulp Fiction. Le film essaie de jouer avec les classiques, mais il échoue à se construire lui-même avec la même complexité, la même subtilité et la même ampleur que ces classiques. L’inconsistance croissante du scénario à mesure que le film avance en est une raison, à laquelle il faut ajouter une inconsistance parallèle de nombreux personnages, qui semble due autant à un défaut dans la construction de leurs rôles qu’à une faiblesse dans le jeu des acteurs. Asia et Saïd mis à part, les acteurs semblent sans cesse en sous-régime. Leurs interprétations sont aussi peu convaincantes que les relations tissées entre les personnages. Il n’est pas jusqu’à Ninetto Davoli qui peine à convaincre, en père de substitution prêt à mourir pour Diego.

La Rome de Vendetta Romana est une Rome périphérique, faite de « ciment armé », titre original du film : une Rome dure, impitoyable, à l’opposé des clichés touristiques du panthéon et du Colisée, comme le rappelle Il Primario dans une leçon de survie donné à Saïd. Leçon qui se veut probablement aussi la note d’intention du film, mais qui sonne étrangement faux dans cette œuvre qui non seulement fait de cette Rome pseudo-pasolinienne un décor superficiel, mais accumule les clichés (sur les rapports humains, sur la société etc.) et échoue à infiltrer le genre pour livrer un film véritablement noir, fait de ciment armé.

On pourrait donc penser, à la lecture de cet article, qu’il est en définitive préférable que les éditeurs du DVD n’aient pas dépensé trop d’argent en bonus (contrairement à l’édition italienne du DVD, qui rassemble entre autres des interviews du réalisateur et de son co-scénariste, ainsi que des acteurs, et des scènes coupées au montage). On peut penser le contraire, et considérer qu’au moins, quelques commentaires de critiques cinématographiques auraient été bienvenus pour compenser la déception suscitée par le film : des bonus portant moins sur le film, peut-être, que, par exemple, sur le genre du film noir en Italie (pensons au giallo des années 1970 par exemple), sur l’évolution de la représentation de la mafia italienne au cinéma (cette année ne fut-elle pas celle de Gomorra, Il Divo, mais aussi du documentaire Biùtiful Cauntri ?). Précisons enfin que l’édition DVD est tout à fait satisfaisante, avec un son stéréo de bonne qualité, en VOST et en VF.

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