Pour son quatrième film en tant que réalisateur, le scénariste star David Koepp nous livre une comédie fantastique éculée à l’humour terriblement désuet malgré la présence au casting de Ricky Gervais – créateur et acteur de la série télévisée britannique The Office. L’auteur réussit l’exploit de mixer sans aucune réflexion et second degré l’univers de Capra avec celui du médiocre Ghost, l’un des plus improbables succès du début des années 1990. La Ville fantôme fait alors pâle figure face à la nouvelle comédie américaine qui, bien qu’imparfaite, prend au moins le risque de jouer avec les codes du genre tout en créant de nouvelles figures filmiques.
David Koepp, scénariste de talent, a œuvré pour des auteurs prestigieux : Spielberg pour ses Jurassic Park, La Guerre des mondes et le dernier Indiana Jones ; Sam Raimi pour Spiderman 1 et 2 ou encore Brian De Palma pour L’Impasse. Cette star du scénario a déjà réalisé quelques films intéressants qui lorgnaient du côté du polar aux notes surnaturelles – Hypnose et Fenêtre secrète. Pour sa nouvelle réalisation, Koepp s’attaque à la comédie fantastique, domaine dans lequel il semble beaucoup moins inspiré : il ose nous resservir un récit qui rend hommage à la belle fable humaniste sauce Capra, le tout mixé avec l’esthétique de l’inénarrable Ghost qui avait consacré la fadeur glamour de Patrick Swayze et de Demi Moore. Un comble pour un scénariste qui semble en réelle panne d’idées. La ressemblance scénaristique avec le succès des années 1990 est frappante : suite à une mort clinique de sept minutes, le dentiste Bertran Pinkus (Ricky Gervais) peut voir les spectres qui hantent New York – à la manière de Whoopi Goldberg dans le film de Jerry Zucker. Cet être profondément détestable fait la rencontre du fantôme de Franck (Greg Kinnear, un poil plus talentueux que Patrick Swayze) qui souhaite son aide pour annuler le mariage de sa veuve Gwen (Téa Leoni). Notre méchant dentiste va alors comprendre le sens de la vie en aidant les différents fantômes qu’il croise sur sa route et va même finir par rencontrer l’amour. Si cet étrange cocktail aurait pu être drôle entre les mains d’un cinéaste de talent, il est ici si prévisible et bien-pensant qu’il en devient indigeste.
Le principal problème de La Ville fantôme, outre son manque d’inspiration, c’est que son humour vaudevillesque – dans ce qu’il y a de pire – est incroyablement désuet dans l’univers de la comédie américaine des années 2000. Si l’on compare cette œuvre à la production actuelle, dominée par les grosses farces régressives et réflexives de Judd Apatow, Ben Stiller ou des frères Farrelly, le film arrive avec plusieurs années de retard. Cette impression résulte surtout de son absence de réflexion sur le genre et de réalisation dénuée d’invention. Si les dialogues sont intéressants, avec parfois un véritable sens de la formule, c’est aussi l’un des soucis majeurs du métrage : la parole l’emporte beaucoup trop sur la mise en scène qui est exagérément minimaliste. Le manque de découpage et de rythme dans la construction des séquences comiques annihile une grande partie de leur impact : elles se résument à des plans fixes agrémentés de quelques champs-contrechamps dans lesquels les acteurs déploient leur talent en roue libre. Les gags et dialogues tombent alors complètement à plat avec des interprètes trop peu charismatiques pour transfigurer un récit d’une grande banalité. Pire encore, le réalisateur, qui a bien sûr assisté à l’avènement de la nouvelle comédie américaine, inclut quelques éléments trash – des déjections de chien ; quelques gags autour du pénis d’une momie ; une coloscopie qui est à l’origine du coma du héros – qui apparaissent totalement déplacés et peu naturels dans une mécanique filmique gentillette n’amenant qu’à sourire de temps à autre, mais jamais à rire.
La Ville fantôme prouve encore une fois que les années 1980 – bien que sorti en 1990, Ghost est une véritable œuvre somme du pire des eighties – ont toujours une influence considérable sur la production humoristique américaine, tout autant que les fables de Capra. Si les frères Farrelly et Ben Stiller réinterprètent et se moquent avec talent des codes des comédies passées, David Koepp semble plutôt coincé dans une bulle spatio-temporelle aux réminiscences vaudevillesques qui laisse peu de place à la dérision. Cela paraît assez improbable pour un scénariste qui a su livrer des récits efficaces et complexes. Ce petit film très daté pourra cependant faire les beaux jours des deuxièmes parties de soirée télévisées. C’est sa seule chance d’exister.