Les cinquante « nuances » de l’amour et du sexe arrivées en masse sur nos écrans il y a quelques jours ont attiré en salles plusieurs millions de spectateurs, regroupés tous dans l’ombre de la spectatrice adolescente et ses copines, friandes de chick lit. Quelques jours plus tard, de façon amusante, À 14 ans en est comme le contre-champ tourné vers ces jeunes filles. Rien de plus banal que le contexte ici : l’année de trois adolescentes, rythmée par les saisons, le collège, les engueulades, les beuveries, la drague, les premières fois trash, les ragots et les vannes. On commence à connaître la chanson – rien qui n’ait déjà été vu dans Respire, Clip, Ils mourront tous sauf moi ! ou Bande de filles.
Hélène Zimmer pose sa caméra parmi ses actrices comme en immersion, depuis un point d’observation et d’étude, dans une seule perspective : coller à ce que sont et vivent ces trois jeunes filles. Preuve en est l’absence de contrepoint à leur regard, fréquente dans les films sur le sujet, afin d’accentuer la brutalité des situations. Rien sinon des profs dépassés, des parents qui perdent le contrôle et dont les visages sont souvent laissés hors champ ou mis à distance de façon très appuyée – par exemple filmés dans le reflet d’un miroir qu’on ne voit qu’une fois le regard passé par le visage de l’ado en gros plan. Ces ménages-là ne sont que familles mal recomposées et scènes de crises adolescentes, de façon si univoque que le regard impassible de la réalisatrice crée, par contraste et grand écart, un ton qui caresse souvent le grotesque, mais qui n’est jamais sincèrement drôle.
De son scénario, Hélène Zimmer évacue d’ailleurs dans un même geste naturaliste tout autre fil narratif que les saisons qui passent. Ce récit du quotidien de trois filles de 3ème en épouse le désordre (personnages principaux mis de côté, ellipses) presque à la façon d’une chronique depuis le chaos, l’impulsivité et l’absurdité des relations adolescentes. On y est confronté notamment par le prisme de la langue : spontanée, libérée – mais jamais drôle, inventive ou entraînante. Hélène Zimmer semble confondre l’authenticité et la vulgarité vide et sans fond. Les premières séquences (scènes de groupe : à la cantine, devant le collège, dans une chambre) sont à ce titre édifiantes, avançant au gré des connards, boloss et j’te baise que les ados se balancent les uns aux autres et qui ne dépassent jamais leur sens premier, celui de la vanne pure et simple. Si la réalisatrice filme de-ci de-là ces visages froids fondre en larmes, on est tout à coup surpris quand vient enfin l’été et que la caméra caresse le corps des trois comparses qui discutent au soleil. D’où vient cette affection inespérée pour ces jeunes filles ? C’est comme si c’était une anomalie tout de suite reniée : la caméra les laisse partir et, de loin, ne montre plus que la froide impassibilité d’une ville de banlieue parisienne.