Largement tributaire de l’alchimie grinçante qui électrisait les relations très « je t’aime, moi non plus » du couple que formaient déjà Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric, il y a dix-huit ans, dans Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle), Arrête ou je continue de Sophie Fillières refait vibrer, avec humour et mélancolie, la corde dissonante d’un amour en bout de course.
La rupture en badinant
Si l’humour est bien la politesse du désespoir, alors Arrête ou je continue est particulièrement cordial : badin et ludique, le nouveau film de Sophie Fillières éclot dans un bouquet de situations facétieuses et de répliques teintées d’absurde, alors qu’il y est uniquement question de la fin d’une histoire d’amour. Ensemble depuis longtemps, Pomme et Pierre ont laissé leur relation basculer dans la routine d’un jeu de chat et de souris : dès que l’un dit quelque chose, l’autre profite de la moindre perche tendue pour y accrocher l’étendard de son dédain. Usé, leur amour n’est plus étanche à rien et semble vulnérable aux moindres dérèglements de leur quotidien rodé, subissant l’assaut de raisonnements saugrenus (« Tu as pris une serviette de plage… — Ben, elle était rangée avec les serviettes normales. — Ouais… tu m’aimes plus quoi. ») ou des doubles sens qui permettent aux protagonistes de jouer en sourdine leur partition cacophonique (la réparation du robinet et de la chaudière devient, bien évidement, une tentative détournée de colmater les brèches de leur relation).
Vers l’accalmie
Avec une subtilité relativement rare dans la comédie française, les vannes ou les gags écrits par Sophie Fillières sont un peu plus que les simples voyants d’un tableau de bord annonçant l’imminence d’une faillite : les sarcasmes se révèlent être les paradoxales manifestations d’une palpitation sentimentale – de cette tendresse qui continue, malgré tout, de faire battre les cœurs de Pomme et de Pierre. C’est pour cette raison qu’Arrête ou je continue parvient à escamoter l’hystérie potentielle de son sujet et avancer doucement vers un apaisement salutaire pour les amants. L’enchaînement des situations cocasses (Pomme est notamment d’une maladresse quasi maladive) menace assez rapidement de faire tomber le film dans une monotonie un peu cruelle et essoufflante, mais la fugue de Pomme – qui choisit de rester dans la forêt après une randonnée – offre une saine respiration à la progression du récit. Entérinée par la mise en scène (notamment lors du plan séquence final où se joue paisiblement la rupture de Pomme et Pierre et qui permet de rompre avec les soubresauts saccadés des dialogues en champ/contrechamp), l’accalmie finit par s’installer dans cette aimable comédie romantique à la sauce française qui n’a pas grand-chose à envier à ces consœurs américaines.