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Si Beale Street pouvait parler

Si Beale Street pouvait parler

de Barry Jenkins

  • Si Beale Street pouvait parler
  • (If Beale Street Could Talk)

  • États-Unis2018
  • Réalisation : Barry Jenkins
  • Scénario : Barry Jenkins
  • d'après : l'oeuvre de James Baldwin
  • Image : James Laxton
  • Décors : Kris Moran
  • Costumes : Caroline Eselin-Schaefer
  • Son : Timothy R. Boyce Jr.
  • Montage : Joi McMillon, Nat Sanders
  • Musique : Nicholas Britell
  • Producteur(s) : Barry Jenkins, Adele Romanski, Sara Murphy, Dede Gardner, Jeremy Kleiner
  • Production : Pastel, Plan B, Annapurna Pictures
  • Interprétation : KiKi Layne (Tish Rivers), Stephan James (Alonzo "Fonny" Hunt), Regina King (Sharon Rivers), Colman Domingo (Joseph Rivers), Teyonah Parris (Ernestine Rivers), Michael Beach (Frank Hunt)...
  • Distributeur : Mars Films
  • Date de sortie : 30 janvier 2019
  • Durée : 1h59

Si Beale Street pouvait parler

de Barry Jenkins

Bien apprêté


Bien apprêté

Si Beale Street pouvait parler s’ouvre sur une belle scène, peut-être la seule, qui dit bien l’évidence amoureuse qui régit le couple formé par Tish et Fonny. Chacun des personnages semble se fondre l’un dans l’autre avant que la pureté du lien les unissant rejaillisse sur l’environnement autour d’eux : lui vêtu de bleu sur jaune, elle de jaune sur bleu, les deux amants arpentent un parc dont la verdure fait combiner les deux couleurs dans une logique d’harmonie où le sentiment amoureux dicte la composition du cadre. Reste que la fin de la séquence, se polarisant sur un frontal champ-contrechamp de visages regardant la caméra, acte un rétrécissement de la mise en scène sur ce qui constitue un simple effet de séduction, celui de regards charmeurs et épris adressés au spectateur. Contrairement au récent Glass, où le choix du regard caméra participe pleinement d’un mouvement d’écriture, Barry Jenkins vise plutôt par ce procédé une forme de joliesse assez problématique dans le cadre de son récit, directement adapté d’un ouvrage de James Baldwin.

La prose virulente de l’écrivain, qui retourne la violence du racisme contre ses acteurs (« L’homme blanc est le diable »), se fait entendre dans la bouche de gens beaux et délicatement apprêtés, sortis tout droit d’une vision idyllique plus proche de la publicité que des photos d’époque s’insérant par ailleurs dans le montage. C’est que sous son vernis militant, la joliesse de ce cinéma américain indépendant n’est pas sans induire une vision hygiéniste du monde. Même le hangar désaffecté que visitent Tish et Fonny, lieu supposé pourtant insalubre (et détenu par un juif bienveillant joué par le tout aussi séduisant Dave Franco), ressemble à ces grands lofts new-yorkais aujourd’hui prisés par une jeunesse gentrifiée. À la pureté artificielle des décors (alors même que l’action est supposée se dérouler dans le Harlem du début des années 1970) et la grâce des corps s’opposent de manière schématique les visages déformés par la haine, tandis que la musique, grossièrement élégiaque, vient souligner la noblesse intérieure des victimes de l’injustice. Difficile d’être touché par un film aussi enjôleur et propret.

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