© Memento Distribution
Bonnard, Pierre et Marthe

Bonnard, Pierre et Marthe

de Martin Provost

  • Bonnard, Pierre et Marthe

  • France2023
  • Réalisation : Martin Provost
  • Scénario : Martin Provost, Marc Abdelnour
  • Producteur(s) : François Kraus, Denis Pineau-Valencienne
  • Production : Les Films du Kiosque
  • Interprétation : Cécile de France (Marthe), Vincent Macaigne (Pierre), Stacy Martin (Renée), Anouk Grinberg (Misia), André Marcon (Claude Monet), Grégoire Leprince-Ringuet (Edouard Vuillard)...
  • Distributeur : Memento Distribution
  • Date de sortie : 10 janvier 2024
  • Durée : 2h02

Bonnard, Pierre et Marthe

de Martin Provost

Portrait d'une jeune fille en faux


Portrait d'une jeune fille en faux

Avec Bonnard, Pierre et Marthe, Martin Provost poursuit son travail de biographe, après s’être déjà intéressé aux figures de Séraphine de Senlis (Séraphine) et Violette Leduc (Violette). Le réalisateur retrace ici le parcours du peintre Pierre Bonnard (Vincent Macaigne) en cherchant à mettre en exergue la femme derrière l’homme, son épouse Marthe (Cécile de France), qui a rendu possible son succès. Mais si le scénario ne cesse de rappeler son importance, celle-ci prend une forme pour le moins ambigüe : Marthe existe d’abord et avant tout comme modèle (son corps est par ailleurs fréquemment morcelé, décomposé par le regard de Pierre). L’ouverture du film est à cet égard éloquente : les yeux du peintre sont rivés sur sa future femme, qu’il vient à peine de rencontrer, tandis que ses gestes condensent l’opération fondamentale au cœur du récit – réifier le corps de la femme, la faire continûment basculer de sujet à objet d’art. Ainsi objectifiée, Marthe perd alors son droit au consentement : dans une scène, Pierre lui ôte sa couverture alors qu’elle dort paisiblement, afin de commencer à la peindre entièrement nue. La posture de Marthe, allongée et le sexe exhibé, n’est alors pas sans faire penser à L’Origine du monde de Gustave Courbet.

Dans l’absolu, la piste n’est pas sans intérêt, mais il manque ici un questionnement plus affirmé sur l’acte de création et ses enjeux patriarcaux, ainsi que sur la place de la femme dans l’œuvre du peintre. Au lieu de prendre ces questions à bras le corps, Martin Provost les effleure tantôt à travers certains dialogues pas toujours inspirés (« Tout le monde se fiche de savoir qui vous êtes […] Vous vivez par le regard d’un peintre. C’est la seule chose qui compte »), tantôt en s’en remettant de manière trop univoque à des surcadrages (en plus d’être au cœur des tableaux de Pierre, Marthe est sans cesse étouffée par le regard du peintre). Traitée de façon un peu simpliste, la question féministe qui habite le cinéma de Provost (de ses deux précédents biopics à Sage Femme et La Bonne épouse) est d’autant plus empesée qu’elle se subordonne à une réflexion relativement bancale sur le déterminisme social et plus particulièrement sur l’habitus de classe. Fasciné sans doute par l’environnement bourgeois qu’il scrute, le metteur en scène accumule les séquences où la trivialité de Marthe est binairement mise en opposition avec la sophistication du milieu artistique autour duquel elle gravite. À force de tout schématiser, Martin Provost signe un film sur le regard paradoxalement dépourvu d’un véritable point de vue critique.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !