La colline a des yeux 2

La colline a des yeux 2

de Martin Weisz

  • La colline a des yeux 2
  • (The Hills Have Eyes 2)

  • États-Unis2007
  • Réalisation : Martin Weisz
  • Scénario : Wes Craven, Jonathan Craven
  • Image : Sam McCurdy
  • Montage : Kirk Morri, Sue Blainey
  • Musique : Trevor Morris
  • Producteur(s) : Wes Craven, Marianne Maddalena, Peter Locke
  • Interprétation : Michael McMillian (Napoleon), Jessica Stroup (Amber), Jacob Vargas (Crank), Flex Alexander (Sarge), Lee Thompson Young (Delmar)...
  • Date de sortie : 20 juin 2007
  • Durée : 1h30

La colline a des yeux 2

de Martin Weisz

Attention mutant dangereux


Attention mutant dangereux

Le succès du remake d’Alexandre Aja devait forcément donner naissance à une suite. Hélas celle-ci n’est pas à la hauteur de ses promesses, s’enfermant même dans une surenchère malsaine, « légitimée » par ce qui est devenu une franchise… Wes Craven est certes à l’écriture du nouvel opus, la colline est certes toujours aussi effrayante, le film ne dépasse en revanche jamais le stade « jeu vidéo ». Suite aux bandes-annonces alléchantes, on s’attendait à une sorte d’Aliens, le retour, version colline mutante. Et la déception est à la hauteur de l’attente. La jubilation d’un retour armé sur les lieux d’un massacre antérieur n’est ici pas de mise. L’horreur est supplantée par une action pataude et une ébauche maladroite de critique du corps de l’armée. Elle apparaît enfin lorsque les marines visitent les couloirs sombres de la colline mais par bribes, et surtout trop tard pour relever l’intérêt du film.

Martin Weisz, jeune metteur en scène à qui l’on doit Rohtenburg, est pourtant parfait dans son rôle de marionnette. Il fait même preuve d’une exploitation de l’espace intéressante lorsqu’il transforme la colline en ombre menaçante et omniprésente dans ses cadrages. La forme rocailleuse est habilement utilisée et personnifiée. Mais pour pouvoir faire vivre un matériau à priori mort, il aurait fallu imposer un souffle de vie en contrepoint. Et c’est par l’absence d’âme des personnages censés donner corps à la colline que le film perd tout son sens et surtout son potentiel d’épouvante. On a l’habituel catalogue pluriethnique, l’hispanique, le noir, le blanc… Doublé dans sa banalité par une panoplie de caractères allant du plus violent au plus doux, en passant par la bonne mère de famille (avec la petite vidéo du fils en train de souffler ses bougies etc…). Leurs rapports sont caricaturaux et jamais l’action du film ne parvient à effacer cette lacune. Même dans les moments les plus prenants, on a la sensation d’un étrange raté. La première partie à la limite pouvait augurer une éventuelle descente aux enfers, irréfléchie et jouissive, mais très vite le film s’embourbe dans des sables mouvants qu’il a lui-même construits.

L’immensité des espaces qui avait fait la vitalité et l’énergie du remake d’Aja est délaissée pour faire place à un lieu plus étouffant. Les jeunes recrues de l’armée vont subir l’assaut de cette colline donc, habitée par des mutants (résultats d’expériences radioactives…) sanguinaires. Difficile d’échapper à ceux qui maîtrisent parfaitement le lieu (réminiscence probable d’un Viet-Nâm lointain) et de ne pas se faire avaler, découper, ou même vomir par une colline affamée.

L’horreur est là sans y être. Le pivot du film est une fois de plus ce qui a fait la renommée des autres opus, la scène incontournable du viol comme une marque de fabrique « La colline…». La scène met mal à l’aise autant que possible, non pas grâce à l’effroi qu’elle suscite, mais uniquement par sa présence odieuse, surfant sur la vague de la torture tendance (Hostel, Saw…). Sans intérêt dans le scénario bébête, que cosignent les Craven père et fils, le viol barbare est une vraie tache dans le récit, disgracieuse et répugnante, néanmoins prétextée par le désir de survie de l’espèce mutante… trop facile. On aura déjà compris que seul ce goût récent du malsain vient l’expliquer, comme pour mieux vendre un film qui ne se démarque pas d’autres productions d’un « genre » presque déjà mort-né. Mais l’appétit inquiétant pour une barbarie odieuse et, finalement, qui tend à l’amusement, n’est pas universel. Et heureusement. À quand un troisième chapitre ?

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