© Le Pacte
La Daronne

La Daronne

de Jean-Paul Salomé

  • La Daronne

  • France2020
  • Réalisation : Jean-Paul Salomé
  • Scénario : Jean-Paul Salomé, Hannelore Cayre, Antoine Salomé
  • d'après : l'oeuvre
  • de : Hannelore Cayre
  • Image : Julien Hirsh
  • Montage : Valérie Deseine
  • Musique : Bruno Coulais
  • Producteur(s) : Kristina Larsen
  • Production : Les Films du Lendemain, La Boétie Films
  • Interprétation : Isabelle Huppert (Patience Portefeux), Hippolyte Girardot (Philippe), Farida Ouchani (Khadidja), Jade-Nadja Nguyen (Madame Fo)
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 9 septembre 2020
  • Durée : 1h46

La Daronne

de Jean-Paul Salomé

Isabelle s'encanaille


Isabelle s'encanaille

La singularité d’Isabelle Huppert tient aujourd’hui beaucoup au détachement que ménage son jeu ; toujours au centre et en même temps en léger décalage par rapport à ceux qui l’entourent, elle est présente sans tout à fait être pleinement là – ce « c’était moi mais ce n’était pas moi » qu’explorait dramatiquement Abus de faiblesse de Catherine Breillat. Tout passe par des petits gestes et des intonations étonnantes : ce fameux « Ah ! » qui est devenu sa marque de fabrique, son entrain presque burlesque à mimer la surprise quand son amant lui révèle une fleur qu’il cachait derrière son dos, ou encore ses regards ambigus, comme si elle regardait de très loin ses interlocuteurs, d’un lieu connu d’elle seule, inaccessible à ceux qui partagent sa vie. En cela, le point de départ comique de La Daronne est prometteur : Huppert y campe Patience, une flic au passé tortueux (fille et veuve d’individus qui, eux, ne sont pas toujours restés dans les clous de la légalité), qui officie en tant que traductrice arabe-français pour la brigade des stups. Un concours de circonstance la met sur le chemin d’un important stock de cannabis qu’elle décide d’écouler. Déguisée à l’aide d’un niqab et d’épaisses lunettes de soleil, elle devient la « daronne », une baronne de la drogue parisienne qui fait tourner en bourrique policiers et dealers. Elle est aussi la seule blanche de l’immeuble dans lequel elle vit, où ne logent que des familles asiatiques (le film tire de cette particularité le meilleur personnage comique de l’intrigue, Madame Fo, la cheffe des lieux et miroir de Patience) – bref, c’est un chien au milieu d’un jeu de quilles, que Jean-Paul Salomé organise à mi-chemin entre la comédie et le film policier, pour un résultat qui tient toutefois moins de la comédie policière que policée.

C’est que cet embranchement de fils produit tout de même peu de trouble, à l’exception de quelques scènes où Huppert, dans son nouveau costume, concurrence la prestation d’Isabelle d’Adjani dans Le Monde est à toi, dont le personnage reposait grosso modo sur le même décalage, avec une outrance toutefois plus prononcée. L’écrin qui accueille Huppert manque assurément de consistance, au point que l’actrice donne parfois l’impression de jouer un peu seule (ou avec son chien), Hippolite Girardot et les autres se contentant de lui renvoyer la balle. À ce titre, il n’est pas très étonnant que sa seule partenaire de jeu notable, Madame Fo (Jade-Nadja Nguyen), soit, selon ses propres mots, « un peu elle en chinoise », comme si rien, à part son reflet déformé, ne pouvait un peu troubler l’empire de la comédienne sur ce film peu inspiré qui peine à tirer autre chose de sa proposition qu’un (petit) one-woman-show.

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