Le monde est à toi
© StudioCanal
  • Le monde est à toi

  • France
  •  - 
  • 2017
  • Réalisation : Romain Gavras
  • Scénario : Romain Gavras, Noé Debré, Karim Boukercha
  • Image : André Chemetoff
  • Décors : François-Renaud Labarthe
  • Costumes : Hannah Edwards
  • Son : Arnaud Lavaleix, Jérôme Gonthier, Marco Casanova
  • Montage : Benjamin Weill
  • Musique : Jamie XX, SebastiAn
  • Producteur(s) : Charles-Marie Anthonioz, Mourad Belkeddar, Jean Duhamel, Nicolas Lhermite, Vincent Mazel, Hugo Sélignac
  • Production : Iconoclast, Chi-Fou-Mi
  • Interprétation : Karim Leklou (François), Isabelle Adjani (Danny), Vincent Cassel (Henry), Oulaya Amamra (Lamya), Gabby Rose (Brittany), Sam Spruell (Bruce), Mounir Amamra (Mohamed 1), Mahamadou Sangaré (Mohamed 2), Robert Lyndon Harry (Manchester), Sofian Khammes (Poutine), François Damiens (René), Philippe Katerine (Vincent)
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 15 août 2018
  • Durée : 1h41
Quinzaine des Réalisateurs

Le monde est à toi

réalisé par Romain Gavras

« Ne pas donner de sens au film mais faire des films pour les sens » : c’est l’un des mantras de l’écurie Kourtrajmé, dont Romain Gavras fut avec Kim Chapiron la figure de proue. Le monde est à toi (titre qui rappelle évidemment le « The world is yours » de Scarface) aurait peut-être gagné à appliquer véritablement cette injonction adolescente, un peu naïve, qui traduit un attrait pour le clinquant et la frénésie. Or, Gavras a ici le défaut de ne franchir qu’à moitié le Rubicon, d’être un sale gosse seulement en surface. Le film semble pourtant s’amuser d’un imaginaire propre à la banlieue (des clips de PNL au chien du caïd qui s’appelle Ibra, en référence à l’ex-joueur du PSG), avec un humour noir et malpoli (les gags sur les migrants et le terrorisme) et un casting prestigieux de cabotins (Cassel, Adjani, Damiens, Katerine…) convoqué dans une logique de contre-emploi. Encore eût-il fallu que le programme n’en demeure pas au stade de l’intention, que Gavras joue véritablement avec ses figures détraquées plutôt que de les figer chacune dans un gag redondant (Cassel, l’acteur le plus drôle du film, dont le personnage cède aux sirènes des vidéos complotistes, idée amusante ressassée une dizaine de fois).

C’est que le film ne s’abandonne pas vraiment aux seuls délices du jeu, il raconte de fait quelque chose, porte un « sens » : l’histoire d’un jeune homme qui se débarrasse de ces deux horizons tutélaires (le banditisme et l’ombre d’une mère fantasque) pour s’enfermer dans un petit rêve de normalité, bourgeois, littéralement une image (il montre sa maison idéale sur son téléphone) et une boîte semblable à tant d’autres. Ce cap narratif pourrait n’être que le prétexte à une série de situations, mais Gavras l’envisage avec un premier degré assez étonnant, dessine la possibilité d’une rédemption, d’un pardon, châtie les mauvais et sauve les idiots. Si le film peut être tenu pour réjouissant (un de nos confrères insiste pour que l’on précise qu’il s’est, on le cite, « esclaffé à moult reprises »), on est en droit aussi de le trouver très convenu et peu aventureux.

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