Okko et les fantômes
© Eurozoom
Okko et les fantômes
    • Okko et les fantômes
    • (Waka Okami wa Shōgakusei!)
    • Japon
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Kitarō Kōsaka
  • Scénario : Reiko Yoshida
  • d'après : la série de romans illustrés Waka Okami wa Shōgakusei!
  • de : Hiroko Reijō, Asami (dessins)
  • Image : Michiya Katō
  • Décors : Kyōko Yauchi
  • Son : Masafumi Mima
  • Montage : Takeshi Seyama
  • Musique : Keiichi Suzuki
  • Production : Madhouse, DLE
  • Interprétation : Seiran Kobayashi (Oriko Seki et Okko), Satsumi Matsuda (Makoto Tachiuri et Uri-bo), Nana Mizuki (Matsuki Akino), Yōko Asagami (Mineko Seki et Oba-chan), Teiyu Ichiryusai (Etsuko Tajima), Masaki Terasoma (Konosuke Minoda), Etsuko Kozakura (Suzuki)...
  • Distributeur : Eurozoom
  • Date de sortie : 12 septembre 2018
  • Durée : 1h35

Okko et les fantômes

Waka Okami wa Shōgakusei!

réalisé par Kitarō Kōsaka

Oriko Seki, que ses proches appellent Okko, perd ses parents dans un tragique accident de voiture. Sauvée par un mystérieux garçon flottant dans les airs, la jeune fille va devoir quitter la ville pour aller vivre chez sa grand-mère et apprendre à tenir l’auberge familiale, pour un jour prendre la relève. De nouveaux compagnons surnaturels vont apparaître à mesure que son apprentissage et son deuil avancent.
Kitarō Kōsaka, collaborateur de longue date de Hayao Miyazaki et Isao Takahata[1]Kitarō Kōsaka a travaillé en tant qu’animateur clé notamment sur Nausicaä de la vallée du vent (1984) et Le Château dans le ciel (1986) de Miyazaki, ainsi que sur Le Tombeau des lucioles (1988) et Pompoko (1994) de Takahata. Il devient ensuite coresponsable de l’animation sur Princesse Mononoké (1997), Le Voyage de Chihiro (2001), Le Château ambulant (2004) et Ponyo sur la falaise (2008). Sa dernière collaboration en date avec le studio Ghibli sera Le vent se lève de Miyazaki en 2013, pour lequel il sera pour la première fois directeur de l’animation., a choisi pour son premier long métrage d’adapter la série de romans illustrés Waka Okami wa Shōgakusei ![2]Ces romans n’ont jamais été traduits en français.. Il a souhaité être fidèle au graphisme du manga et assume pleinement ses personnages kawaii aux traits plutôt grossiers, détonnant pourtant avec le soin apporté aux décors. Si la maitrise technique est au rendez-vous avec une mise en scène soignée – à défaut d’être originale – il ressort malheureusement de ce film si attendu le sentiment d’un scénario pas assez abouti. Un résultat un peu brouillon avec un trop grand nombre de personnages qui gagneraient à être développés mais condamnées ici à l’état de caricatures, tout comme les sujets abordés.

Gros sabots

Un point central du film de Kitarō Kōsaka est l’opposition puis la réconciliation du Japon traditionnel et de la modernité. Malheureusement ce sujet étant loin d’être original, il supporte difficilement un traitement en surface aussi appuyé et peu délicat. Le premier est représenté par la grand-mère d’Okko, vieille femme attachée aux valeurs ancestrales de la culture nippone, mais dont on n’apprendra finalement pas grand-chose. Le second est représenté tout d’abord par une jeune femme qui séjourne à l’auberge familiale : grande brune pulpeuse un brin vulgaire roulant en voiture de sport rouge, faisant vrombir le moteur accompagné d’une musique pop « branchée », emmenant volontiers Okko dans une virée shopping interminable. Cette séquence précisément montre les difficultés du scénario sur cet aspect, car il ne s’agit que d’un prétexte pour faire remonter Okko en voiture et raviver son traumatisme. Cette opposition entre tradition et modernité est également présente, cette fois de manière plus pertinente, dans la compétition opposant Okko et une autre apprentie aubergiste travaillant dans l’établissement sophistiquée de ses parents. Mais là encore, les relations entre les deux écolières toutes deux en deuil restent traitées en surface.
Un autre regret qui s’impose à la découverte du film est le recours au fantastique, qui se révèle finalement d’une utilisée plus que modérée. Les fantômes s’avèrent rapidement n’être que des dérivatifs pour ne pas rendre le récit trop grave (à supposer qu’un fantôme d’enfant se curant le nez à tout bout de champ vous fasse rire), mais ils ne sont finalement pas à l’origine du déclic de la jeune fille qui l’aidera à surmonter son deuil et à pardonner.

Un apprentissage salvateur

Les séquences centrées sur les traditions japonaises viennent cependant relever grandement le film. Le réalisateur arrive alors à illustrer avec une touche d’humour la rigueur de l’éducation japonaise ainsi que le respect des aînés. Dans ces instants le traitement du traumatisme de la jeune Okko est bien plus subtil qu’en montrant sa crise d’angoisse en voiture, car elle se réfugie dans son apprentissage et se reconstruit en trouvant sa place au sein de l’auberge, à travers l’abnégation de soi pour « accueillir sans discrimination » selon leur devise. Le film s’ouvre et se clôture également par deux très belles séquences de cérémonie shintoïste, avec des masques et des costumes colorés où la caméra danse avec les personnages. En termes de thématiques, ce premier long métrage de Kitarō Kōsaka peut être en effet considéré dans la lignée de ses pairs – pères – du studio Ghibli, mais la comparaison à visée marketing s’arrête bien là. Le récit constamment entre deux eaux, n’osant pas assumer son aspect mélodrame ni exploiter réellement son potentiel fantastique, alourdit la démarche pourtant pleine de bonnes intentions.

Notes   [ + ]

1.Kitarō Kōsaka a travaillé en tant qu’animateur clé notamment sur Nausicaä de la vallée du vent (1984) et Le Château dans le ciel (1986) de Miyazaki, ainsi que sur Le Tombeau des lucioles (1988) et Pompoko (1994) de Takahata. Il devient ensuite coresponsable de l’animation sur Princesse Mononoké (1997), Le Voyage de Chihiro (2001), Le Château ambulant (2004) et Ponyo sur la falaise (2008). Sa dernière collaboration en date avec le studio Ghibli sera Le vent se lève de Miyazaki en 2013, pour lequel il sera pour la première fois directeur de l’animation.
2.Ces romans n’ont jamais été traduits en français.
Réagir