© Sony Pictures Entertainment
Projet Dernière chance

Projet Dernière chance

de Phil Lord, Christopher Miller

  • Projet Dernière chance
  • (Project Hail Mary)

  • États-Unis2026
  • Réalisation : Phil Lord, Christopher Miller
  • Scénario : Drew Goddard
  • d'après : Projet Dernière chance
  • de : Andy Weir
  • Image : Greig Fraser
  • Décors : Charles Wood
  • Costumes : David Crossman, Glyn Dillon
  • Son : Erik Aadahl
  • Montage : Joel Negron
  • Musique : Daniel Pemberton
  • Producteur(s) : Ryan Gosling, Phil Lord, Christopher Miller, Rachel O'Connor, Amy Pascal, Aditya Sood, Andy Weir
  • Production : Metro-Goldwyn-Mayer, Lord Miller Productions, Waypoint Entertainment, Pascal Pictures,General Admission
  • Interprétation : Ryan Gosling (Ryland Grace), Sandra Hüller (Eva Stratt), James Ortiz (Rocky)...
  • Distributeur : Sony Pictures Entertainment
  • Date de sortie : 18 mars 2026
  • Durée : 2h36

Projet Dernière chance

de Phil Lord, Christopher Miller

The Space Guy


The Space Guy

La dernière aventure spatiale de Phil Lord et Chris Miller s’était mal terminée : en 2017, ils se retrouvaient débarqués en plein tournage de la production de Solo : A Star Wars Story et remplacés par Ron Howard, qui terminerait le film à leur place. Parmi les raisons alors invoquées figurait leur volonté de plonger Han Solo, l’une des figures de proue de la franchise, dans un périple flirtant avec la comédie bouffonne. On retrouve cette ambition intacte dans Projet Dernière Chance, qui pourrait s’inscrire dans la lignée d’Armageddon ou Sunshine s’il n’était pas aussi pétri de second degré. Bien qu’il y soit question de sauver la Terre d’un péril cosmique (des organismes dits « astrophages » consument peu à peu les étoiles de l’univers), le héros interprété par Ryan Gosling n’a rien du surhomme. Ancien habitué des rôles de bellâtre ténébreux, le comédien, qui campe désormais plus volontiers un « nice guy » ou même un « fall guy », libère ici le clown en lui en prêtant ses traits à un professeur de sciences parachuté dans une mission au-delà du système solaire. Les premières secondes, où le timide Ryland Grace (Gosling, donc) émerge d’un coma artificiel aux abords de la lointaine étoile de Tau Ceti, donnent le ton : déboussolé, le personnage chute et se traîne comme une limace. Tout le film reposera sur le contraste entre l’énormité des enjeux et l’inadéquation du personnage, rompant avec la solennité et les accents métaphysiques souvent associés au space opera.

À la manière d’une version plus délurée de Seul sur Mars (film lui aussi scénarisé par Drew Goddard et adapté d’un roman d’Andy Weir), Projet Dernière chance prend la forme d’un seul en scène sur fond de menace planétaire : qu’il analyse les bactéries alien dans un laboratoire devant des hauts gradés militaires ou s’adresse à son journal de bord, Gosling assure le spectacle, notamment par sa capacité à passer de l’enthousiasme au sarcasme à la moindre déconvenue. Durant la première partie, chacun des flashbacks qui narre l’itinéraire inattendu de ce prof anonyme semble prétexte à un sketch (faire les courses en compagnie d’un garde du corps, assurer une présentation devant une assemblée impassible, etc.). Le tempo échevelé du film, plutôt que de laisser s’installer des situations propices au burlesque, frôle toutefois le matraquage de gags. Ainsi d’une sortie extravéhiculaire en forme de course contre la montre durant laquelle Grace doit intercepter un artefact flottant en direction de son vaisseau : la péripétie aurait pu conjuguer suspense (va-t-il parvenir à récupérer l’objet à temps ?) et humour (Grace trébuche maintes fois en escaladant la surface de la navette), mais le montage sabote le premier au profit du second. C’est la limite relative du film, qui segmente parfois trop strictement ce qui relève du cocasse et du sérieux.

Thumbs up ?

C’est plutôt lorsque les deux s’entrelacent que le style de Lord et Miller infuse avec une énergie rafraîchissante ce récit aux contours familiers. La seconde partie de Projet Dernière chance, moins frénétique, illustre leur espièglerie, notamment autour d’une situation dépliée dans la durée : Grace découvre, près d’un soleil survivant miraculeusement aux bactéries astrophages, la présence d’un autre voyageur intergalactique lui aussi en quête d’un remède. Séparés par une paroi translucide, l’homme et l’alien, une sorte d’araignée minérale rapidement surnommée « Rocky », vont devoir apprendre à dialoguer afin d’unir leurs forces. Ce chapitre, qui s’amorce comme un pastiche de Premier contact, aurait pu ressembler à n’importe quelle autre rencontre du troisième type (Grace fredonne même le thème musical du film de Steven Spielberg), mais elle tire une certaine invention de l’incompréhension entre Grace et l’extraterrestre, quelque part entre l’intelligence supérieure et l’animal de compagnie. Les arbitraires de la communication occasionnent divers malentendus – dresser un pouce vers le bas plutôt que vers le haut pour marquer son approbation, confondre « fistbump » et « fist my bump », etc. Ce pan du film, certes un brin puéril, ouvre toutefois un horizon comique fécond : celui de l’entente laborieuse.

Pour se comprendre, Rocky et Grace emploieront aussi des moyens plus étonnants, comme des maquettes représentant l’astronaute et sa navette. Ce goût pour le bricolage, qui rappelle que les deux cinéastes avaient signé La Grande aventure Lego, constitue l’un des aspects les plus réussis de Projet Dernière chance. L’exploration spatiale ne découle plus d’une série de protocoles immuables et millimétrés, mais tient de la débrouillardise – Grace n’aura de cesse de bidouiller, de rafistoler ou de confectionner les instruments nécessaires à l’accomplissement de sa mission à l’aide d’un rouleau de scotch. En injectant de la trivialité (l’improvisation et la maladresse du personnage) à une grande machine bien huilée (le carcan du blockbuster de science-fiction), Lord et Miller livrent non seulement un film à visage humain, mais aussi teinté d’optimisme. Sans souligner la métaphore évidente de questions écologiques contemporaines (à la manière des énergies fossiles, les astrophages sont à la fois une source de carburant pour l’humanité et un risque majeur pour leur pérennité), Projet Dernière chance esquisse tout de même un message d’espoir : avec un peu d’huile de coude et de persévérance, pas besoin d’être un surhomme pour contribuer à sauver l’univers.

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