De Scarlet et l’éternité, on retiendra surtout des visions tout droit sorties d’un étrange cauchemar numérique. Ainsi d’une marée sans fin de bras décharnés surgissant du sol, ou d’un ciel de ténèbres moiré, comme déformé par une série de compressions. Loin de masquer son usage des effets visuels – comme certaines productions aiment à le faire, imitant l’animation traditionnelle 2D en employant les outils de la 3D –, le film prend donc à bras-le-corps la bizarrerie que peut produire l’emploi des CGI, certains des paysages frisant même l’abstraction. Les protagonistes y arpentent en effet de déroutants espaces liminaires, qui tiennent davantage de l’aplat de couleurs chatoyantes que de véritables décors. Devant ces scènes, on croirait voir des personnages de jeux vidéo s’aventurer hors des confins d’un niveau ou des espaces modélisés d’une carte. Ce pan laborantin du film se retrouve toutefois anémié par le déploiement du récit, autrement conventionnel. Après une amorce shakespearienne en accéléré – un roi trahi par son frère, une princesse orpheline dont la tentative de vengeance échoue –, Scarlet se réveille dans le royaume des morts, où se rejoignent les défunts de tous les siècles. La princesse médiévale y fait la rencontre de Hijiri, un infirmier pacifique issu de notre époque. La dimension édifiante du film se révèle alors : il s’agira pour la protagoniste de tarir sa soif de vengeance au contact de l’altruisme du jeune homme. Cette dynamique narrative, redoublée à coups de dialogues explicatifs et de monologues intérieurs, est également illustrée par l’évolution de l’apparence de Scarlett, qui traduit un trajet de l’avilissement vers la pureté. Le film escamote d’abord son personnage de princesse parfaite, qui aura tôt fait de troquer sa robe à fleurs pour une armure de guerrière. Sa mutation est hautement physique : elle s’incarne à même son visage (écume aux lèvres, vomissements, traces de terre, blessures, traits déformés par la hargne, etc.). Ce n’est que lorsqu’elle aura intériorisé la sagesse d’Hijiri qu’elle pourra, lavée par ses nouveaux idéaux, arborer une apparence de poupée parfaite, sa chevelure raccourcie comme seule marque physique de son apprentissage. Curieux itinéraire narratif que celui de cette princesse archétypale qui se mue en combattante pour mieux retrouver ses crinolines.
© Sony Pictures France
Scarlet et l’éternité
- Scarlet et l’éternité
- Japon, Etats-Unis2025
- Réalisation : Mamoru Hosoda
- Scénario : Mamoru Hosoda
- Musique : Taisei Iwasaki
- Producteur(s) : Yuichiro Saito, Toshimi Tanio, Nozomu Takahashi
- Production : Studio Chizu, Nippon Television Network (NTV), Columbia Pictures
- Interprétation : Mana Ashida (Scarlet), Masaki Okada (Hijiri), Masachika Ichimura (Amulet), Kôji Yakusho (Claudius), Yuki Saitô (Gertrude), Kôtarô Yoshida (Voltemand), Yutaka Matsuhige (Cornelius)...
- Distributeur : Sony Pictures Releasing France
- Date de sortie : 11 mars 2026
- Durée : 1h51
Scarlet et l’éternité
Abstraction contre crinoline
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