Un couple de trentenaires décide de faire le grand saut – plonger dans l’âge adulte – en adoptant un chat à la patte malade qui, à défaut de parler, pense.
Contraints d’attendre un mois avant l’arrivée du « grand bouleversement », ils décident de faire de ce laps de temps le toboggan de toutes leurs envies : reprendre leur liberté avant de la perdre. Métaphore étonnante d’un thème pourtant éculé (l’arrivée d’un enfant dans le couple), The Future retrouve ce qui avait fait la force de Me and You and Everyone We Know, premier film de Miranda July couronné entre autre par le Grand Prix de la Semaine de la Critique en 2005 : la force de l’absurde dans le traitement des situations banales. Le comique, ici, ne naît pas des personnages eux-mêmes, mais du décalage qui se crée entre ce qu’ils sont – des lunaires – et ce qui les englobe. Ainsi l’apprentissage maladroit du Booty Shake par Sophie, l’obligation d’acheter un sèche-cheveux pour réussir à vendre un arbre pour Jason, sont autant de maladresses qui invitent au sourire. Sans parler des dérives philosophiques du chat dans sa cage, regardant le temps qui passe. En cela, Miranda July flirte avec un Jacques Tati ou, plus moderne, un Wes Anderson. Mais là où Me and You… restait ancré dans une réalité définie, The Future fait soudain le choix de brouiller les frontières, en s’immisçant dans les perceptions de ses personnages, leur imaginaire, leur intimité parallèle.
Au beau milieu du toboggan, l’un et l’autre se perdent et ne peuvent plus inverser le cycle. La Vérité (sous les traits de l’Adultère) leur pend aux lèvres, et demeure inexorablement suspendue. Comme dans L’École des femmes de Molière, Agnès pourrait arriver alors et dire « Le petit chat est mort », révélant une autre vérité : le couple est mort. Au beau milieu du film, donc, le temps s’arrête. Miranda July fige ce couple amorphe et doux-dingue dans une temporalité qu’il nous appartient, à nous spectateurs, de décoder. Les sphères spatio-temporelles s’imbriquent comme autant de boîtes ouvertes sur les futures possibles. L’idée, pure, séduit (on se rappelle alors les livres d’enfance où l’on pouvait à sa guise choisir les destinées de son personnage) mais transforme tous ces petits décalages absurdes et comiques en un grand malaise global. Restant sur le fil, The Future déroute, mais ne parvient pas à faire un choix, et plonge ses personnages (et son public) dans une apathie douce-amère, lorgnant plus du côté punk déchu d’un « NO FUTURE », que de celui du champ des possibles. Cocteau l’avait dit, pourtant : « La Jeunesse sait ce qu’elle ne veut pas, avant de savoir ce qu’elle veut. »